Trois dates en France cet été. Arènes de Nîmes en juillet, Pagaille Festival à Bordeaux le 28 août, Rock en Seine le 30 août. Pour un groupe formé en 1976 à Crawley, dans le Sussex anglais, dont le dernier album studio date de 2024 et dont le chanteur a 67 ans, c’est une présence remarquable sur les scènes estivales françaises. Et chaque date affiche des billets qui partent vite.
La question mérite d’être posée : qu’est-ce que The Cure a que les autres n’ont pas ?
Un groupe qui n’a jamais eu besoin d’être à la mode
The Cure a traversé cinq décennies sans jamais vraiment coller à l’air du temps — et c’est précisément ce qui lui a permis de ne jamais en sortir. Post-punk, new wave, gothic rock, pop mélancolique : Robert Smith et ses compagnons successifs ont construit un son immédiatement reconnaissable qui n’appartient qu’à eux. Disintegration en 1989, Wish en 1992, Bloodflowers en 2000 : des albums qui ont défini des générations d’auditeurs sans chercher à capter la tendance du moment.
Cette indépendance stylistique a créé quelque chose de rare : une fanbase multigénérationnelle. Aux concerts de The Cure en France cet été, on trouve côte à côte des festivaliers qui ont découvert Boys Don’t Cry à sa sortie en 1979 et des jeunes de vingt ans qui ont atterri sur le groupe via un algorithme ou une série Netflix. Ce spectre est inégalé parmi les groupes de leur génération encore en activité.
Songs of a Lost World et deux Grammy Awards
En 2024, The Cure sort Songs of a Lost World, leur quatorzième album. Un disque sombre, dense, qui n’essaie pas de sonner jeune — et qui est accueilli comme l’un des meilleurs de leur discographie. En 2026, il leur vaut deux Grammy Awards. Pour un groupe que beaucoup avaient rangé dans la catégorie des légendes honorifiques qu’on programme par nostalgie, c’est un signal clair : The Cure n’est pas en tournée d’adieu. Ils sont en forme.
Cette actualité discographique change la nature de leur présence en festival. Ce n’est pas le passage obligé du groupe culte qui rejoue ses classiques pour des trentenaires nostalgiques — c’est un groupe en activité réelle, avec un album récent et une identité artistique intacte, qui se retrouve sur les mêmes affiches que Tyler, the Creator et Deftones.
Ce que leur setlist dit d’eux
Aux Arènes de Nîmes en juillet, The Cure a joué trente et un titres sur près de trois heures. Alone, Pictures of You, Lovesong, Fascination Street, Just Like Heaven, Lullaby — les classiques étaient là, mais encadrés de titres du nouvel album et de raretés que les fans les plus anciens n’avaient pas entendues en live depuis des années. Ce rapport au setlist — généreux, sans calcul commercial, construit pour ceux qui connaissent l’œuvre dans ses recoins — est une signature de The Cure que peu de groupes de cette envergure peuvent encore se permettre.
Les concerts de trois heures ne sont pas la norme en festival. Quand The Cure monte sur scène, les organisateurs savent qu’ils signent pour une tête d’affiche qui ne rend pas la monnaie de sa pièce.
Rock en Seine et Pagaille : deux contextes, une même intensité
Le 28 août à Bordeaux, sur la place des Quinconces pour la première édition de Pagaille, et le 30 août au Domaine National de Saint-Cloud pour clore Rock en Seine : deux configurations très différentes. Pagaille est un festival urbain naissant, en centre-ville, à la première édition. Rock en Seine est une institution parisienne, dans un parc classé, avec une histoire et un public fidèle. The Cure s’adapte aux deux sans en changer d’un degré.
C’est peut-être ça, au fond, ce qui fait de The Cure une tête d’affiche à part : ils n’ont pas besoin du dispositif. Pas besoin d’un show à effets spéciaux massifs ou d’un storytelling de scène élaboré. Robert Smith en chemise noire, les guitares, la basse et la batterie, et une setlist de trente titres. Dans un parc ou sur une place, ça fonctionne de la même façon.