Live Report : Cabaret Vert 2026 – Vendredi 21 Août

 

Deuxième jour, les jambes et la nuque en PLS des pogos de la veille et des concerts ambiance champs de bataille. C’est un changement de registre total qui nous attends ce vendredi après la journée rock et hardcore du jeudi :

La soirée s’est organisée autour de trois scènes : Zanzibar, la grande scène du festival, qui a vu se succéder Feu! Chatterton, Cat Power, Nick Cave & The Bad Seeds puis Underworld ; Stade Bayard, où se sont produits le guitariste flamenco Yerai Cortés, le duo culte Sparks et l’increvable Sébastien Tellier ; et Green Floor, dédiée à l’électro, au dub et au rap avec Gringe, Pale Jay, Nooriyah ou encore les sound systems Wandem Sound System et The Hornsmen Section. Cette deuxième journée s’annonce plus posée et plus élitiste dans sa proposition culturelle.

Fini les murs du son et les fosses en feu de la veille : place à un vendredi éclectique, entre rock sombre et théâtral, électro britannique historique et chanson française, sur la plaine du Square Bayard à Charleville-Mézières. Ecoutons ça !

Pale Jay

Premier concert du jour à l’heure du goûté, un embarque vers la Razorback qui accueille étrangement cette année d’autres genres musicaux pour voir Pale Jay. Artiste caché derrière un Balaclava rouge et chapeau visé sur la tête,

Debout au centre de la scène entre deux musiciens d’accompagnement, Pale Jay a chanté le public dès le début, en commençant par « For James ». Interprétant un mélange de morceaux issus de son catalogue, des tracks entre de la soul moderne avec des mélodies douces et des instrumentaux oniriques. L’américain communique bien avec le public, parlant même un peu français. Il évoque alors avec regret une récente blessure l’empêchant de trop se mouvoir, justifiant ainsi ses manques de pas de danse.

Bien que plaisant, on est resté sur notre faim à la fin du set de Pale Jay. La Razorback était une scène un peu trop large pour les épaules et surtout les jambes de Pale Jay avec ses deux musiciens.

Feu! Chatterton

Un rock nourri de slam et de littérature pour ouvrir en douceur mais pas sans électricité, un public resté un peu trop statique à notre goût sur la Main Stage.

Feu! Chatterton ouvre le bal du vendredi sur la scène Zanzibar. Le quintet parisien, dont le rock nourri de littérature évoque une version française et acidulée de Soul Coughing, a entamé une nouvelle étape de sa carrière avec la parution de leur dernier album, qui infuse une bonne partie du set. Le groupe puise dans l’ensemble de sa discographie, de son premier album Ici le jour (a tout enseveli) jusqu’à Palais d’argile et son plus récent Labyrinthe, qui fournit à lui seul la moitié de la setlist. Les titres plus electro’ de l’avant dernier album produit avec Monsieur Rebotini semblent les plus appropriés à cette tournée des festivals.

Grosse averse à 18h00, on se mets alors à l’abri pour admirer au loin le set des boys qui terminent avec La Malinche, tube parmi les tubes du quintet devant une foule encore largement clairsemée pour filer rapidement du côté de la Razorback voir l’anomalie de programmation de cette édition 2026 du CV !

Yerai Cortés

Premier gros coup de cœur musical de cette deuxième journée avec un choix de programmation audacieux et une première à priori pour le festival. Une petite foule de curieux en poncho et veste de pluies s’amasse devant la Razorback pour voir le prodige annoncé d’un genre méconnu dans l’hexagone.

Timing parfait, l’averse disparaît juste à temps pour accueillir avec un soleil de plomb le nouveau héro du flamenco espagnol en terre Ardennaise, entre virtuosité de la guitare et histoire familiale, Yerai Cortés apparaît sur le fonds de la scène, guitare en main sur une chaise et accompagné d’une demi-douzaine de choristes pour l’occasion.

Né en 1995 à Alicante, Yerai Cortés s’est imposé comme l’une des figures montantes du flamenco contemporain, après des débuts dans les tablaos madrilènes puis sur les scènes des plus grands théâtres espagnols. Sa notoriété a franchi un cap en 2024 avec le documentaire La guitarra flamenca de Yerai Cortés, réalisé par C. Tangana, qui a reçu deux Goyas en 2025, l’équivalent espagnol des César dont celui de la meilleure chanson originale. Il présente à Charleville son dernier album, Popular.

Temps suspendu, Yerai Cortès pendant une cinquantaine de minutes parviendra à capter la foule et nous proposer une vraie contre-proposition et s’accaparer une scène normalement étudiée et positionnée sur le site pour accueillir des groupes qui « avoiennent », le tout dans une ambiance post-apo. Un choix de programmateur et une mise en avant de genre de « niches » qu’on valide FORT ! Mais qui viennent à nous interroger sur la pertinence de l’usage de la Razorback et son surdimensionnement ces dernières années et la D.A. qu’elle impose aux artistes. Ne manquerait il pas une « petite scène » au Cabaret Vert qui a voulu trop bien faire ?

 

Cat Power

Pas de photo à l’appui pour le set de Cat Power qui avait choisi l’intimité et le cloisonnement médiatique pour cette tournée anniversaire et une tête d’affiche du genre assez rare en festival par ailleurs, peu habituée de l’exercice en france.

Cat Power, de son vrai nom Chan Marshall, est justement en pleine tournée anniversaire pour les 20 ans de The Greatest (2006), l’un des albums les plus marquants de sa discographie et l’un des nombreux disques cultes à fêter leurs deux décennies en 2026, aux côtés d’albums de Taylor Swift ou de Bob Dylan. Passage plus intimiste que les têtes d’affiche qui l’encadrent, son concert sur la scène Zanzibar s’inscrit dans la moyenne de sa tournée actuelle, autour d’1h20 de set.

Sans être la « Greatest », le Live Band était là aussi efficace et Cat en plutôt bonne forme et surtout attitude envers le public. On l’a connu parfois plus ronchonne ! De bonnes augures pour ceux ayant pris leurs place pour l’admirer en salle à l’occasion de sa tournée automnale en France en cette fin d’année.

2L

Lieu de passage désormais annuel de certains ex pensionnaires du show Netflix Nouvelle Ecole, la GrenFloor c’est un peu la nouvelle scène et terre d’accueil des candidats à venir et passés de l’émission. Cette année, deux pensionnaires dont ce jeudi notre chouchou de la saison passée 2L. La parisienne qui enchaîne les dates depuis son passage est était  de la partie à Charleville-Mézirères ce vendredi.

Un show calibré et plus pop qu’on ne l’imginait, prouve qu’elle marque son territoire en 2026 en conservant un set complet. Entre rap conscient plus marqué dans les BPM et des flows plus moody. La jeune rappeuse dorée sembler déjà gérer son tempo et n’hésitera pas à se poser littéralement sur scène et venir intercaler des moments d’échanges et de temps plus calme, voire même onirique disons là à son audience. Un public comme pour Isha et Limsa juste après, plus difficile à chercher et donc statique à la vue de la programmation du jour, problème que n’aurons pas les artistes de cette GreenFloor à priori le samedi et dimanche. 2L chante « nos déceptions », pas de ça chez nous côté public ce vendredi soir.

Isha & Limsa d’Aulnay

Sans armes, ni haine, ni violence, Ies compères ont réussi un petit braquage en douceur devant une foule réduite.

Pas de surprises et de grandiloquence, la scénographie limitée mais suffisante de la GreenFloor et son écran projeté devant la Dj Booth suffit en cet après-midi pour accueillir le set technique du binôme. Pas d’artifices, ils n’en ont nullement besoin. Pas de surjeux, pas d’aura farming ni de turn-up, Isha et l’Imsa c’est aussi la simplicité d’Aulnay. Le duo n’a rien à prouvé et déroule son flow posé sans le caviar et le bitume mais devant la terre fertile et boisé de la scène alternative du CV devant un public à l’écoute. Pas de pogos, pas d’embrouilles, une foule de kiffeurs de son qui savaient ce qu’ils étaient venu voir en cette journée ou le Rock Indé’ et les découvertes mangent la bill de la programmation.

Loin d’être en terrain conquis ce vendredi et sans retourner le Game, Isha et Limsa m’ont surtout convaincu là aussi de revenir les voir en salle très rapidement pour voir leur set dans un cadre plus fermé. Pourtant, loin de n’avoir que de des désavantages, ce cadre ambiant très calme et intimiste autour des cimes d’arbres nous aura permis de nous concentrer sur la plume unique de ce duo phare de la scène française actuelle. La GreenFloor profitons en pour le dire, c’est aussi l’une des grosses réussites de la modification du site ces dernières années !

 

Sparks

Cinquante ans de carrière condensés en une heure par les increvables frères Mael.

Le duo américain Sparks les frères Ron et Russell Mael largement francophiles, sont accueillis avec triomphe par un public de fans (dont la moyenne d’âge déjà élevé pour un Cv le jeudi, a pris là aussi une bonne décennie en moyenne). Traverser les décennies sans prendre une ride, et en maintenant un cap artistique c’est fort ! Sparks et le prouve une fois de plus sur la Razorback avec un set d’une heure qui traverse toute leur discographie : de « This Town Ain’t Big Enough for Both of Us », extrait de leur classique Kimono My House (1974), jusqu’à des titres de leur dernier album MAD!, en passant par leur incursion cinématographique avec « So May We Start », issu de la comédie musicale Annette en ouverture de set.

Russel Mael tout de rose vêtu et en costume impressionne de mouvements et d’interactions à 77 ans, Ron plus statique derrière son clavier viendra lui aussi se lever et rejoindre son frère lors de cette véritable communion. On retiendra aussi le Live Band ultra solide derrière les deux, mention à leur guitariste qui était dans son show à fonds. Non vraiment, Sparks peut encore prétendre à une bonne décennie de concerts sans broncher et le public sera là ! Malheureusement, nous ne verrons pas la fin du set des frères Russel, on doit filer de l’autre côté du site voir un Oranje.

ZEP

Inconnu pour notre part avant l’annonce de la programmation de cette édition, le set du néerlandais ZEP était coincé entre les Sparks et Nick Cave, un petit handicap’ qui a fait que pas mal de monde a du louper son set et oublier totalement la GreenFloor sur ce vendredi à force de naviguer entre la Razorback et la Zanzibar dans l’attente des têtes d’affiches. Mais difficile de leurs en vouloir…

Mais bon, un gars au profil de basketteur un peu barré et multi casquettes qui jouent en Live tout ce qui lui tombe sur la main, il nous fallait voir ça de visu donc on l’a fait ce petit détour vers la scène boisé et aucune déception !

Nick Cave & The Bad Seeds

2h20 de « poésie pure », un concert-fleuve à l’échelle rarement vue sur un plateau de festival.

C’est l’événement de la soirée, annoncé de longue date comme une performance hors normes : Nick Cave & The Bad Seeds, entourés de leurs fidèles musiciens, livrent un concert-fleuve promis à 2h30 (seuls les Cure jouent des coudes en termes de débit à date) et sans réelles confrontations de sets en face (choix délibéré du groupe) mais vécu comme une prise d’otage pour certains festivals selon des propos entendus le jour même. Nous on accepte volontiers le syndrome de Stockholm pour une soirée !

Le set s’ouvre sur « Get Ready for Love » et « From Her to Eternity », premier titre du tout premier album du groupe sorti en 1984, avant de piocher aussi bien dans les incontournables (« The Mercy Seat », « Red Right Hand », « Into My Arms ») que dans les albums plus récents et plus sombres comme Ghosteen (« Bright Horses », « Hollywood ») ou Skeleton Tree (« Rings of Saturn », « Skeleton Tree »). Le groupe interprète également « Carnage », titre coécrit avec Warren Ellis, et clôt la soirée sur un rappel en trois titres.

Warren Ellis qui comme régulièrement s’agitera par moment jusqu’à perdre son chevalet, une fois… deux fois.. trois en direction de la foule, blessant malencontreusement un spectateur et obligeant Cave à une intervention d’excuse pas forcément apprécié de celui-ci. A côté la setlist se déroule et elle est ne vient oublier aucun disque, aucune référence cinématographique et pioche dans l’ensemble de la discographie du groupe. Personne n’est oublié dans ces plus de deux heures de show et heureusement !

Si la personnalité de Cave surtout dans le perso’ n’est clairement pas irréprochable, sur scène les qualificatifs positifs manquent à l’appel pour saluer la prestation et le charisme de l’homme et d’un live band format orchestre à la générosité débordante. Nick Cave et les Bad Seeds c’était tout simplement la Tête d’affiche CLASSE de chaque édition du Cabaret Vert. Pas de celles qui vous faire tourner la billetterie et blinder le parterre devant la scèjne principale, mais de celles qui marquent des spectateurs déjà avertis. Ces passionnés investis de la scène indé’ et des concerts rares, et un nom de plus dans un historique des passages cultes déjà bien fournis d’artistes au CV depuis sa création.

A l’image des interventions rares comme jadis avec Pj. Harvey, Vampire Weekend, Pixies, Liam Gallagher… Cave et ses mauvaises graines ont bien planté quelque chose au CV, quelque chose de durable et qui feront revenir les spectateurs nous en sommes persuadés.