Live Report : Cabaret Vert – Jeudi 20 Août

Journée de Gala et de Slams au CV pour le premier jour des 20 ans !

Vingt ans après sa création par une poignée de bénévoles réunis au sein de l’association FLaP, le Cabaret Vert a rouvert ses portes ce jeudi sur la plaine du Square Bayard, à Charleville-Mézières, au bord de la Meuse. Le festival, dont le nom emprunte au poème d’Arthur Rimbaud Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir, a longtemps été un rendez-vous régional avant de devenir l’un des grands raouts de la fin d’été français. Un statut de mastodonte des festivals généralistes dans le Grand-Est et disons le, en France tout court, et une édition 2026 toujours solide qui vient confirmer une nouvelle fois ce statut de référence des évènements musicaux de la fin de l’été.

Pour cet anniversaire, le festival ardennais a ouvert le bal sur un registre 100 % rock et métal sur cette journée du jeudi. 100% ? Ou presque, puisque comme à son habitude, le CV c’est aussi l’offre culturel diverse et des scènes alternatives. L’organisation a donc tenu à maintenir en parallèle des sets electro’, dub et reggaeton du côté des scènes alternatives qui sont toutes aussi bien décorées que le reste du sites et qui bénéficient toujours d’une belle mise en avant.

Pour cette journée et dans le suivi de la tendance des spectateurs venus à priori en masse ce jeudi avec des t-shirts noirs logotés de groupes à décibels, nous nous sommes concentrés sur la très belle brochette de noms proposés au menu du jour du côté de la Zanzibar (la scène principale) ainsi que la Razorback (La scène inspiration Warzone) qui accueilleront les groupes Rock et Métal de cette journée. Un plateau XXL de choix avec du hardcore et nu-metal : Speed, Body Count, Turnstile et Deftones en tête d’affiche de la scène Zanzibar, Last Train et Rise of the Northstar sur la Razorback, Ultra Vomit pour clore la nuit.

 

Speed

Le hardcore australien ouvre le bal à la flûte traversière et referme déjà la question de qui va marquer cette soirée en termes d’intervention scénique et d’échange avec le public. Impossible de rêver meilleure entrée en matière pour ce premier jour : Speed, formation hardcore originaire d’Australie menée par les frères Jem et Aaron Siow, entame son passage par une introduction solo à la flûte traversière avant que l’ensemble du groupe ne bascule dans « Real Life Love ». Le contraste, aussi inattendu qu’efficace, plante immédiatement le décor. On est dans du Hardcore de potes, sans prises de tête, sans réinventer le poudre. Le plaisir est là et les premiers slams mosh se pratiquent déjà dans la foule encore clairsemée à partir de 17h00. Heure du goûté déjà troublée !

Entre deux titres, Jem Siow prend le temps d’échanger avec la foule, visiblement ému de jouer pour la première fois sur une scène aussi grande et en plus en Europe, en ouverture de journée qui plus est. Sept ans après avoir monté le groupe avec son frère et ses meilleurs amis. Il rappelle que Speed n’a besoin ni de costumes, ni de peinture de guerre pour convaincre : la musique suffit. Lançant aussi à l’occasion un petit cri d’alerte sur la scène Hardcore et l’effet Turnstile. La démocratisation de certains groupes de Hardcore est une bonne chose, mais a t-on besoin de ces méga scène ? Non bien évidemment, pas grave ils donneront tout et plus. Et en plus, vous avez de la chance le concert a été filmé par Arte et est déjà disponible en replay ici :

Speed – Cabaret Vert 2026 – Regarder le programme complet | ARTE Concert

Body Count feat Ice-T

 

Le message « Parental Advisory – Explicit Content » s’affiche sur l’écran géant, une alarme retentit, et Body Count attaque avec « Body Count’s In The House ». À la tête du groupe depuis sa création, Ice-T, désormais âgé de 68 ans, prouve qu’il n’a rien perdu de sa hargne. On a plaisir à voir en forme la figure d’un univers que tout opposé par le passé et quelque part une légende du genre, toujours pertinente micro au poing.

Toujours aussi frontal sur scène, jusqu’à un « wall of death » collectif en fin de set.

Le set balaie une bonne partie de la discographie du groupe, avec une reprise du « Raining Blood » de Slayer et quelques clins d’œil à The Exploited. Une pluie fine se met justement à tomber pendant la repris, Ice-T réplique en arrosant copieusement les photographes avec sa bouteille d’eau. Beaucoup d’interactions donc pour le meilleur et pour le pire… Jusqu’à évoquer le Luxembourg à tord en s’adressant à la foule qui ne fera pas forcément attention. Plus problématique, les propos du frontman sur la masculinité et certaines pertes de valeurs à notre époque. Un discours pas « jojo », d’autant plus quand on se positionne sur une journée identifiée « Hardcore » avec un certains nombre de groupe à l’affiche du soir qui sont largement engagés dans les causes sociales…

La mise en scène ne manque pas de théâtralité : sur « Psychopath », le fils d’Ice-T, connu sous le nom de Little Ice, simule une agression sanglante et rampe sur scène ; l’enchaînement « Drive By » puis « Cop Killer » se conclut par un plongeon du même Little Ice dans la fosse, micro en main. Le concert est chouette, les musiciens toujours motivés mais punaise ICE va falloir revoir ton speech…

Bon, là aussi le concert a été couvert par ARTE CONCERT, on vous file le lien mais ce ne vous y habituez pas trop non plus !

Body Count & Ice-T – Cabaret Vert 2026 – Regarder le programme complet | ARTE Concert

Basement

On l’appelle souvent, à tort, « le groupe américain Basement » (oui c’était notre cas juste avant de préparer nos valises pour le CV) une confusion qui en dit long sur son son, lourdement irrigué par le post-hardcore et l’emo nord-américains des années 2000. Mais Basement ce sont bien des anglais jusqu’à la moelle de la perfide albion.  Ipswich, dans le Suffolk, à une heure et demie de train au nord-est de Londres.

Amusant de voir le groupe avant Turnstile, les deux groupes ont partagé l’affiche d’une tournée nord-américaine dès le printemps 2016, aux côtés de Defeater — soit près d’une décennie avant de se retrouver, chacun de son côté, sur les plateaux du même festival en France. Hasard non ? Choix de programmation logique vous dira t-on !

La réputation live de Basement ne s’est jamais démentie depuis les petites salles d’Ipswich : un groupe qui carbure aux chœurs repris en masse, aux fosses compactes et aux photos de fin de concert avec le public. Une énergie moins frontale que celle d’un Turnstile ou d’un Body Count, plus proche du rassemblement cathartique que de la démonstration de force mais tout aussi efficace pour transformer une foule de festival en chœur improvisé, comme l’a montré leur tournée 2026 menée tambour battant de part et d’autre de l’Atlantique en soutien à Wired.

Un dernier album perfectible, mais quel son ! On se croirait à Detroit au début des 2000’s. Basement c’est tout simplement en Top 1 des concerts de la Razorback sur cette journée du jeudi. Oubliez ce groupe que certains qualifierait de grunge à Tik Tok, si Basement est dans la Trend c’est aussi par la qualité de leurs prestations et le mur de son des guitares. Une maturité scénique marquante et un groupe qui aura su nous captiver, non Basement mérite plus que l’ombre de Turnstile, sa propre lumière. Allez voir Basement s’il vous plaît !

THÉA

On avait parlé de la Razorback et de la Main Stage ? Ah oui, mais pas de la scène GreenFloor plus discrète nichée derrière la forêt d’arbre de l’autre côté de la Meuse !

Phénomène Y2K fusionnant les genres et sans étiquettes fixes, THÉA c’est notre belle surprise du jour sur cette scène boisée. Première bonne nouvelle, on découvre un vrai groupe live, en trio donc pour cette occasion puisqu’accompagné d’un guitariste et d’un batteur pour l’occasion !

THÉA démarre son set avec le tube h4rdr0ck3r, un hymne emo-hyperpop où elle impose son flow et ses punchlines. A un horaire pas évident et devant un public de curieux, le mélange d’énergies punk, des mélodies emocore arrive pourtant à capter l’auditoire.

Kids des années 2000’s, la setlist suinte les titres d’enfants perdus des internets, de ceux qui se sont construits en se perdants dans les recoins des plateformes d’écoutes à la recherche de sons, d’avatars et d’inspirations venues d’ailleurs. Des enfants de la Rave, comme ceux qui auront perdus quelques après-midi devant les affres d’e Disney Chanel et de ses dérives. THÉA et son groupe aborde sans détours et sans pudeurs un catalogue de tracks franchement efficaces sur scène avec une prestance sur les planches déjà impressionnante. On a du coup envie de voir ce que donnerait un full set en salle très prochainement !

Entre hyperpop, punk et rave, ses concerts sont des expériences intenses, fiévreuses et jubilatoires, où chaque titre devient un cri du cœur. THÉA incarne une jeunesse fière, désinvolte et inarrêtable, prête à retourner tout sur son passage.

 

Turnstile

Une heure sans temps mort, un pogo intergénérationnel et le groupe le plus en vue du rock actuel.

Le soleil décline lorsque Turnstile monte sur la scène Zanzibar, porté par une popularité qui ne cesse de grandir — le groupe américain a récemment été récompensé aux Grammy Awards, et son merchandising est visible partout sur le site. Emmené par Brendan Yates, il ouvre avec « Never Enough », repris en chœur par une foule immense, avant d’enchaîner directement sur « T.L.C. », qui transforme la fosse en pogo géant réunissant toutes les générations présentes.

Le set, d’environ une heure, ne laisse quasiment aucun blanc entre les morceaux : « Endless », « I Care », « Sole », « Holiday » ou encore « I Don’t Wanna Be Blind » — dont la ligne de basse fait particulièrement mouche — s’enchaînent à un rythme soutenu. Sur les écrans géants, des plans filmés depuis la fosse elle-même viennent renforcer l’immersion, dans un son remarquablement propre pour une scène en plein air.

Bon, pas de validation des clichés pour nous. Nous avons donc fait le choix de ne pas vous parler plus en détails du set des américains. Mais comme en attestent le cliché parle de lui-même. Déjà présents au CV pour présenter Glow il y a quelques années, le groupe brasse une rare énergie scénique largement rendue par un public qu’on aura difficilement vue moins souriant et enjoué. Il y a quelque chose de générationnel chez Turnstile. Vous n’arrivez pas à recroiser votre pote sur la journée sur le site du CV ? Allez dans les pogos de leur set, vous trouverez par hasard vos potes, vos ex, cette chaussette orpheline perdue en 2017 et sans doute une bonne raison de vous réveiller le lendemain.

Last Train

Un set écourté par un incident dans le public, mais une énergie intacte pour les Alsaciens.

Direction la Razorback, la scène nichée entre les arbres du site, pour Last Train. Le groupe alsacien, tout juste rentré d’une date en première partie de Linkin Park à Lyon, doit interrompre son concert à la demande du chanteur Jean après une altercation survenue dans le public — un incident qui raccourcit un set initialement prévu plus long, ramené à une cinquantaine de minutes.

Le show reprend malgré tout avec la même intensité, porté par des titres comme « Way Out », « Disappointed », « Between Wound » ou « The Big Picture », et une foule qui retrouve rapidement sa ferveur. Dommage ! On vous invitera à rapidement revoir cette pépite de générosité et d’intensité dans vos SMACS de proximités lors de leurs prochaines dates.

Deftones

On y est, le set tant attendu de la T.A. du jour. Les californiens de Deftones enfin de retour au Cabaret Vert pour un 3ème passage et un concert-carrière d’une heure vingt, trois écrans et un « Risk » ressorti des tiroirs après quinze ans.

Sans être étouffante, la compacte foule s’amasse rapidement autour de la grande scène et de la scénographie lumineuse qui s’opère pour accueillir le messi chino. Ce n’est pas si fréquent que les Californiens de Deftones traversent l’Atlantique, et encore moins au complet. là encore deux ans après Korn au même horaire, c’est au tour de la bande à Chino Moreno mais en format remodifié pour le Live (absence toujours de Carpenter pour des raisons pas toujours cohérente) mais aussi du bassiste. C’est donc un groupe de tournées recentré autours de Chino et de Abe aux drums qui vient occuper le créneau de tête d’affiche du jeudi.

La setlist alterne classiques et morceaux plus récents : « Be Quiet and Drive », « Around The Fur », « Rosemary », « Infinite Source », « Entombed », « Korea », « Change (In The House Of Flies) », « My Own Summer », « 7 Words », « SexTape » ou « Swerve City ». Le dispositif scénique, avec trois écrans diffusant des visuels très travaillés — des vagues qui se brisent sur une plage pendant « SexTape » notamment —, accompagne chaque tableau sans jamais l’écraser. C’est beau, sobre et punaise, disons le. Deftones n’a t-il aussi bien sonné qu’avec cette composition de musiciens de tournées ? Oui, indéniablement.

Etonnamment Peu bavard entre les morceaux, Chino Moreno compense par une présence physique de tous les instants sauts, déplacements incessants, utilisation constante du praticable pour se rapprocher du premier rang et  sans jamais que sa performance vocale n’en pâtisse. On aura connu bien pire, le Chino est en forme ! Un concert d’une redoutable précision, et à la setlist généreuse et variée. Le groupe ayant finalisé sa tournée des salles l’hiver dernier avec la release de leur excellent dernier album en date, nous avons eu droit à une soirée best of piochant dans le meilleur de la discographie du groupe. Ambiance messianique et un groupe au sommet de ce qu’il peut sans doute faire en 2026, porté par un public déjà acquis à la cause. Une vraie tête d’affiche « Métal » qui tient son rang !

Rise Of The NorthStar

Sitôt Deftones terminé, la Razorback enchaîne quasiment sans transition avec Rise of the Northstar. Les Parisiens, venus présenter leur dernier album, posent une nouvelle fois leur décor japonisant et attaquent frontalement avec « Neo Paris », puis « Showdown ». Déjà habitué du festival, c’est avec leur nouvel scénographie qu’ils débarquent en force pour nous faire oublier Chino, pas une mince affaire cette histoire !

Le moment fort de la soirée survient rapidement sur « One Love », lorsque le groupe Enhancer déjà de passage en reformation exclusive mondiale au Cabaret Vert (prends ça le Hellfest on n’a pas attendu Joey Starr dans le Grand Est !) viennent rejoindre la scène pour l’occasion, dans une ambiance de franche camaraderie. Le chanteur Vithia qui s’affiche désormais moins masqué, assume encore plus son rôle de Frontman, influence de la géographie du Métal actuel et profite de l’instant pour insister sur l’importance de soutenir la scène française. Le set se referme sur « Again and Again », la sécurité visiblement débordée par le nombre de festivaliers qui se lancent dans la fosse à corps perdu pour un dernier bain de minuit.

ROTNS a sa fanbase, à son identité sonore et visuel, il ne lui manque plus que les Grosses dates pour marquer une page déjà loin d’être blanche. Ce soir fût un chapitre notable à marquer dans le sommaire.

Ultra Vomit

Passé minuit, c’est Ultra Vomit qui referme cette première soirée sur la grande scène — une prestation filmée par Arte pour l’occasion. Après une introduction façon générique Warner Bros., le groupe attaque avec « Évier Métal » et enchaîne un défilé de titres aussi absurdes que redoutablement bien exécutés : « Le Coq », « Doigts de Métal » — accompagné de doigts géants gonflables —, « Un Chien Géant », « Takoyaki », « Ricard Peinard », « Patatas Bravas » ou encore « Je collectionne les canards vivants », avec l’apparition sur scène du fameux Roi Canard. les tubes sont là, le public déjà conquis.

Surprise plus ou moins déjà annoncé la veille contrairement à Enhnancer : Mouss, chanteur de Mass Hysteria, vient débarquer en duo avec le groupe pour interpréter « Mouss de Mass ». Effets pyrotechniques à l’appui, la soirée se conclut sur « Kammthaar » puis « A.N.U.S. » — entre gaudriole assumée et véritable maîtrise musicale.

D’un groupe potache aux ambiances Patrick Sebastianesque X Gojira, UV a franchi ces deux dernières décennies avec des ambitions réalisées de tête d’affiche de Métal français (oui, on n’aurait pas miser dessus) mais le set est un vrai show XXL qui s’est payé des Zeniths et s’en paiera d’autres dans la prochaine décennie vue la qualité de la prestation du groupe encore ce soir. C’est très con, mais c’est carré !

Pas de clichés de ce dernier concert, notre caméra ayant décidé de faire des siennes, mais tiens dis donc ARTE CONCERT est toujours là pour sauver la mise, puisque le set des zouaves est lui aussi disponible en streaming !

Ultra Vomit – Cabaret Vert 2026 – Regarder le programme complet | ARTE Concert