Wolfi Jazz 2026 : quatre jours de jazz vivant au Fort Kléber de Wolfisheim

Il y a des festivals qui grandissent sans se perdre. Le Wolfi Jazz en est un bel exemple. Pour sa 16e édition, organisée du 18 au 21 juin 2026 au Fort Kléber de Wolfisheim, à deux pas de Strasbourg, le festival alsacien a une fois de plus réussi le pari de réunir grands noms et découvertes, dans un écrin de verdure qui fait depuis longtemps sa signature. Quatre soirées, deux scènes, et une journée gratuite pour la Fête de la Musique : voilà ce que proposait cette édition anniversaire.

Un format à taille humaine, une ligne artistique assumée

Ce qui distingue le Wolfi Jazz dans le paysage festivalier français, c’est son refus de la démesure. Le Fort Kléber n’est pas une salle de 40 000 personnes — c’est un lieu chargé d’histoire, entouré de verdure, où la musique reste au centre. L’association organisatrice défend depuis seize ans une programmation ouverte : le jazz y sert de socle, mais les frontières avec la soul, le hip-hop, l’électro, le funk ou les musiques du monde sont volontiers franchies. L’édition 2026 ne faisait pas exception, avec une affiche qui brassait large sans jamais perdre son exigence.

Nouveauté pratique à noter cette année : l’arrivée du tramway à Wolfisheim, qui facilite désormais l’accès au festival depuis Strasbourg — une bonne nouvelle pour les festivaliers comme pour l’empreinte environnementale de l’événement.

Jeudi 18 juin : Anne Paceo ouvre le bal sous les étoiles

La soirée d’ouverture, accessible dès 18h, mettait en tête d’affiche Anne Paceo, batteuse et compositrice trois fois récompensée aux Victoires du Jazz. Elle présentait Atlantis, son album né d’une immersion en plongée sous-marine au Portugal — un projet ambitieux, entre jazz, folk et électro, avec des références allant de Björk à Bon Iver. Une façon singulière d’ouvrir le festival, avec une musique hybride et envoûtante.

En première partie, China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater et artiste à la croisée du jazz et de la soul, prenait place sur la Scène du Fort, tandis que la Scène Léon accueillait Fœhn feat. Fleur Worku, trio devenu formation élargie avec l’arrivée de la voix franco-éthiopienne de Fleur Worku, ainsi qu’Étienne Mbappé, bassiste au carrefour du jazz, de la world et du folk. La soirée débutait avec la Carte Blanche accordée au Fred Nardin Trio, une entrée en matière plus intimiste et propice à la découverte.

Vendredi 19 juin : Deluxe et le groove afro-caribéen de The Getdown

Le vendredi montait d’un cran côté fête. Deluxe, formation nantaise incontournable depuis près de vingt ans, revenait au Wolfi Jazz deux ans après un concert déjà mémorable, avec Ça fait plaisir, leur septième album paru en avril 2025 — un disque éclectique mêlant pop-rock, variété brésilienne, reggae et hip-hop. Sur scène, le groupe reste une promesse de fête collective.

En ouverture, The Getdown, collectif mené par l’organiste Laurent Coulondre et le batteur Arnaud Dolmen, embarquait le public vers la Guadeloupe, Cuba et les Caraïbes, avec en guest le pianiste Rolando Luna. Sur la Scène Léon, le Louis Matute Large Ensemble proposait une plongée dans un jazz plus orchestral, tandis que DouingKa et le Sampling is Beautiful Trio — qui mêle jazz acoustique et hip-hop en temps réel — complétaient une soirée aux multiples couleurs.

Samedi 20 juin : Selah Sue, 20syl et la scène locale en force

La soirée de clôture réunissait ce que le festival sait faire de mieux : marier une tête d’affiche internationale avec des propositions plus singulières. Selah Sue and The Gallands associait la voix soul belge incontournable au duo père-fils Stéphane et Elvin Galland, autour de l’album Movin’, mixé par Russell Elevado — le producteur d’Alicia Keys et D’Angelo. Un projet pensé pour la scène, à l’énergie soul-pop profondément live.

La soirée se terminait avec 20syl & Christophe Panzani / Sula Bassana, rencontre entre hip-hop, jazz et électro. Entre les deux, Emile Londonien défendait Inwards, leur deuxième album entre broken beat, house, jazz et R&B. La Scène Léon offrait quant à elle une belle mise en avant de la scène locale alsacienne avec Lara Issa, figure strasbourgeoise de la néo soul et de la disco-house, Joe Bel pour une parenthèse folk et soul, et en ouverture Claire Chookie Jack – East Aces.

Dimanche 21 juin : la Fête de la Musique en accès libre

Pour la quatrième journée, le festival ouvrait grand ses portes sans contrepartie financière, à l’occasion de la Fête de la Musique. La Scène des Douves accueillait La Fanfare Couche-Tard, Friends’Road, Taqsim Driver et la Compagnie Dounya, avec un Village des P’tits Loups pour les familles. Une belle façon de rappeler que le Wolfi Jazz ne s’adresse pas qu’aux amateurs éclairés, mais à tout un territoire.

Seize éditions, et toujours la même envie

Au fil des années, le Wolfi Jazz s’est construit une identité rare dans le paysage des festivals de jazz français : exigeant sans être élitiste, festif sans sacrifier l’artistique, ancré dans son territoire tout en regardant loin. Cette 16e édition en était une nouvelle démonstration. Rendez-vous en 2027 pour la suite.

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