Eurockéennes : pourquoi le site du Malsaucy fait la légende du festival

Il y a des festivals qu’on aime pour leur affiche. Il y en a d’autres qu’on aime pour ce qu’ils font ressentir avant même que le premier groupe monte sur scène. Les Eurockéennes de Belfort appartiennent aux deux catégories. Ce qui se joue au Malsaucy chaque premier week-end de juillet dépasse largement la programmation. C’est une histoire de lieu.

Une presqu’île entre deux lacs

les eurocks 2016 vu du ciel, par Matthieu Vitré Photographe

les eurocks 2016 vu du ciel, par Matthieu Vitré Photographe

Le site du Malsaucy est une presqu’île étroite coincée entre deux étangs, à une dizaine de kilomètres de Belfort, en pleine campagne franc-comtoise. Quand on arrive pour la première fois, on est frappé par une chose simple : l’eau est partout. À gauche, à droite, derrière. Les scènes semblent posées sur l’eau. Le soir, les lumières des concerts se reflètent sur les lacs.

Ce cadre n’était pas prévu. Le rock’n’roll a atterri au Malsaucy presque par défaut. L’avenir a donné tort aux regrets : il n’existe pas de meilleur endroit en France pour faire ce que font les Eurocks.

La scène de la Plage

JINJER AUX EUROCKEENNES DE BELFORT - 2023 - JAIMELESFESTIVALS - crédit photo : LAURENT KHRAM LONGVIXAY

JINJER AUX EUROCKEENNES DE BELFORT – 2023 – JAIMELESFESTIVALS – crédit photo : LAURENT KHRAM LONGVIXAY

La scène de la Plage est une anomalie dans le paysage des festivals français. Une scène au bord de l’eau, les pieds dans le sable, avec derrière elle l’étang qui s’étend à perte de vue. On y joue des concerts, mais on y vit surtout autre chose : une légèreté particulière, une impression de vacances dans les vacances, une décontraction que les grandes scènes avec leurs structures en acier ne permettent pas. C’est là que certains des meilleurs souvenirs d’Eurocks se fabriquent, souvent avec des groupes qu’on ne connaissait pas en arrivant.

Les orages

RGarcia-Eurocks-vue-Salbert

crédits photos : RGarcia-DR

Le Malsaucy a une météo propre. Coincé entre les Vosges et le Jura, le site attire les orages comme peu d’endroits en France. Les festivaliers qui ont vécu un orage aux Eurocks ne l’oublient pas. La lumière change brutalement, le ciel vire au vert, la pluie tombe en rideau, la boue arrive vite. Et pourtant personne ne part. Les festivaliers restent, trempés, les bras levés, souvent plus heureux qu’avant l’averse. Il y a quelque chose dans la puissance des éléments qui colle parfaitement à l’intensité d’un concert de plein air. Le Malsaucy offre cette démesure gratuitement, sans prévenir.

Le camping du premier juillet

eurocks 2022 ORAGE

src : @simnico971 on twitter

Pour beaucoup, les Eurockéennes sont le premier grand festival. Celui d’après le bac, celui du premier été vraiment libre. Le camping du Malsaucy est le théâtre de cette initiation. On y arrive avec trop de bagages et pas assez d’expérience, on plante sa tente de travers, on rencontre ses voisins de parcelle pour quatre jours. Le camping est gratuit sur présentation du billet — un détail qui n’en est pas un pour ceux qui calculent leur budget au centime près.

Ce rite de passage a traversé les générations. Des festivaliers qui ont découvert les Eurocks à dix-huit ans y reviennent à trente, quarante ans, avec d’autres têtes d’affiche mais le même site, la même presqu’île, la même lumière sur les lacs le soir. Le lieu fait le lien entre toutes ces versions du même festival.

Ce que le site impose au festival

Le Malsaucy contraint les Eurocks dans le bon sens du terme. On ne peut pas y construire n’importe quoi : la presqu’île a ses limites physiques, ses accès, sa géographie. Ces contraintes ont forgé une identité. Le festival ne peut pas grossir indéfiniment, il ne peut pas tout faire. Il doit choisir. Et ces choix, année après année, ont fabriqué quelque chose d’irremplaçable : un festival qui ressemble à son site.

Les Eurockéennes auraient pu être un autre festival si elles s’étaient tenues ailleurs. Elles sont ce qu’elles sont parce qu’elles sont au Malsaucy. C’est une évidence que les habitués ont intégrée depuis longtemps, et que les nouveaux venus comprennent dès la première nuit sous la tente, au bord de l’eau, quand les lumières de la Grande Scène s’éteignent enfin.

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