Eurockéennes de Belfort 2017 : Le guide ULTIME (programmation, camping, anecdotes)

Manifestation musicale phare du Grand-Est depuis 30 ans, l’annonce finale de l’affiche de l’édition 2017 des Eurockéennes de Belfort a réservé son lot de surprises. Naviguant entre découvertes, tête d’affiches discrètes en France et artistes exotiques mais aussi décriés, la programmation pointue divise sur les réseaux sociaux. Elle n’en reste pas moins l’une des plus belles formes d’éclectisme sans concessions que l’on ne peut retrouver finalement qu’en Juillet, à la presqu’île du Malsaucy. Pas loin de 70 artistes et une journée supplémentaire pour cette édition au goût particulier qu’il nous fallait décrypter plus en détails, dans le fonds et vous permettre via ce guide, de savourer comme il se doit cet exceptionnel cru 2017.

Le décalage de la date : Trouver un souffle nouveau

Tout d’abord cette édition constitue un double évènement en soit, d’une part de par le décalage historique de la date du festival. Initialement placé au premier weekend du mois de Juillet, le festival a subi la forte concurrence européenne des mastodontes tel que le Werchter, ou autres structures françaises plus modestes comme le Main Square. Les premiers week-ends de Juillet, les Eurockéennes doivent faire face à un échiquier grandeur nature de près de 40 festivals actifs dans l’Ouest Européen à cette même date. Une concurrence violente qui a aussi contribué à influer à la hausse les cachets d’artistes, à tendre les négociations et à rendre en fin de compte, plus complexe la gestion d’un plan de programmation. Sans compromette le rendez-vous annuel à cette date et faisant le choix de rester un évènement visant toujours la fin du calendrier des étudiants. Les organisateurs ont fait le choix nécessaire de décaler le festival d’une semaine afin de bénéficier d’un souffle vis à vis de la valse incessante des festivals de Juillet et de se permettre une folie supplémentaire, une quatrième journée inattendue.

Le Jeudi Bonus : Une opportunité qui est en réalité un choix de raison

Inattendue en effet, car outre les classiques trois journées habituelles, les Eurockéennes ne nous avaient habitué à cette formule de la preuve par quatre uniquement lors des précédentes éditions dites « Anniversaires » (La mémorable édition 25ème Anniversaire pour dernier exemple en date). Cette 29ème édition, se targue d’ajouter à son plateau un Jeudi de concerts supplémentaires permettant à l’occasion, de passer à nouveau la barre symbolique des 70 groupes. L’ajout de cette date résulte aussi en grande partie sur la volonté des programmateurs de faire venir la légende Iggy Pop avant une éventuelle retraite musicale, de fait la venue de l’iguane est devenu une obligation, presque un hommage forcé à cette légende. Autre nom, autre genre, c’est aussi en grande partie à la réussite du Booking de PNL, duo des plus influents de la scène rap française et véritable phénomène, que ce jeudi doit son existence. Cette opportunité étant vraisemblablement devenue possible par le décalage de la date. On pourra aisément s’attendre à une pérennisation du festival sur 4 jours dans le futur si cette édition touche la réussite des précédentes. L’ajout d’une date supplémentaire tendant à mutualiser, répartir dans le temps et donc à réduire de manière globale les coûts de montage et d’utilisation des éléments scéniques et sur site, l’association y voit aussi l’occasion d’y dégager un revenu supplémentaire via cette nouvelle date en billetterie. Enfin, ce créneau est l’occasion de démarcher à moindre coût ou plus aisément les groupes internationaux, souvent bookés pour le week-end et en déplacement en Europe en semaine entre deux festivals. Des opportunités supplémentaires pour le plan de programmation qui auront tendance à devenir une norme, d’autant plus que 2018 marquera le 30ème anniversaire de la création du festival. Avec une programmation qui à l’heure ou nous écrivons ces lignes, se négocie dans le secret le plus total…

Nombre de spectateurs : Le point billetterie

Dépassant la barre symbolique des 100.000 spectateurs depuis 2012, cette ambitieuse édition est aussi l’occasion pour l’organisation de tester une nouvelle configuration autour de la presqu’ile du Malsaucy et d’essayer de battre le record absolu de fréquentation du festival. Etabli lors de l’édition anniversaire, la 25ème et s’étant tenu elle aussi sur 4 journées. Celle-ci avait accueilli en tout près de 130 000 visiteurs. Un pari osé au vu de la quasi-obligation de Sold-Out que confère ce record. A l’heure ou nous écrivons ces lignes il reste encore pas mal de stock niveau Billetterie. Cependant, on ne saurait vous conseiller que de prendre rapidement vos billets pour les journées de Jeudi et Samedi. Ce sont à l’heure actuelle les deux Pass 1J qui seraient bientôt en rupture de stock.  Une situation billetterie moins positive en comparaison à ce que l’on à pu voir les années précédentes ou plusieurs journées étaient à cette même période en Sold-Out déjà. Le site pourra néanmoins accueillir sans mal plus de 30 000 festivaliers chaque jour. Aucune inquiétude pour le moment cependant, comme chaque année beaucoup se décideront en dernière minute, c’est souvent le cas avec les étudiants, bacheliers et locaux qui représentent toujours, une grande partie du public présent, nulle inquiétude pour le moment à avoir.

Mais ce constat qui est évidemment tout sauf un échec, nous amène à réfléchir sur le modèle des Eurockéennes et son évolution aussi bien économique que culturelle. Mais d’abord, un peu d’histoire !

Identité des Eurockéennes : L’esprit Eurock’ c’est quoi ?

Au commencement, il y’a eu une volonté fin des années 80’s par l’Association Territoire de Musiques de créer un grand évènement musical de plein air sur le territoire de Belfort. Pressenti pour se tenir au Ballon d’Alsace, ce sera finalement la presqu’ile du Malsaucy qui accueillera une première édition sur 3 jours. Programmation à consonance Rock en majorité mais qui a accueilli déjà à l’époque (n’en déplaise aux haters) de grands noms internationaux, francophones rappelant la qualification de « Festival Généraliste » de l’évènement.

A cette époque donc c’est encore un festival répondant au doux nom de « Festival du Ballon » qui tiens sa place en tant qu’évènement culturel phare de la région. Celui-ci sera d’ailleurs assez soutenu au niveau territorial, média et privé. C’est en 1990 seulement que le festival prendra officiellement son nom définitif, « Les Eurockéennes de Belfort », enterrant donc définitivement le ballon et permis d’encrer le festival dans un partenariat fort avec le territoire de Belfort mais aussi d’imposer sa volonté d’être un festival majeur de l’Est et essayer d’avoir un écho à l’échelon Européen. La programmation se targuera cette année de montrer cette évolution en mettant en avant bon nombre de groupe de la scène européenne, offrant une première véritable internationalisation du booking. Une édition dans la douleur tout de même, puisqu’après avis de tempête, les organisateurs se voient dans l’obligation d’annuler la première journée du festival, pour des raisons évidentes de sécurité.

Passant de 10 000 spectateurs en 1989 pour la première édition à 70 000 spectateurs dès sa cinquième édition en 1993 jusqu’à la barre fatidique des 100 000 spectateurs en 2006, chiffre devenu la norme minimale aujourd’hui. Le festival a rapidement su trouver son rythme de croisière et sa ligne directrice en terme de programmation. Un esprit qui malgré les aléas et périodes de troubles (on pense notamment à l’édition sur 4 jours 1999 avec la présence de Metallica et la « journée de trop » assez désastreuse pour les finances de l’association), persiste encore aujourd’hui aussi bien dans sa programmation que dans son histoire. Histoire qu’il est possible de revivre, année par année via l’onglet « Eurock Memories » du site officiel.

Au fil des années, Les Eurockéennes se sont affirmés comme l’un des grands festivals orienté Rock en France mais pas que. De par son éclectisme affirmé et sa reconnaissance en dehors du territoire, celui-ci obtient aussi le statut de « Major » au niveau Européen grâce aux nombreuses têtes d’affiches « poids lourds » venues au Malsaucy comme David Bowie, Metallica, Radiohead, James Brown etc, dont certaines captations lives resteront dans les annales. Situation aujourd’hui plus nuancé depuis l’arrivée fin des années 2000’s des nouvelles scènes gigantesques en Europe et festivals à jauges lorgnant vers l’infini et au l’au delà.

A l’heure actuelle comme depuis toujours, Les Eurockéennes sont et restent une association à but non lucratif, on est donc loin des mastodontes de l’évènementiel ou des investisseurs privés actionnants dans le milieu et de plus en plus visible en ce moment. Territoire de Musiques qui organise et gère le festival depuis plusieurs décennies a réussi à garder son statut initial et une certaine indépendance, bien qu’il existe désormais un lien fort avec La Direction des Inrocks et son Président Mathieu Pigasse, étant devenu depuis 2016 de facto celui des Eurockéennes. Ligne de conduite stable qui a permis au festival de tenir aussi bien son rang que aussi ses engagements. Engagements en terme associatif, à tendre vers un tarif billetterie « social ». En effet si on ne peut que constater l’inflation sur le prix des billets au fil des ans, l’organisation se refuse à augmenter drastiquement le prix du billet à la hausse pour garder cette attractivité sociale. Désir louable qui l’empêche parfois de pouvoir investir certaines sommes pour des têtes d’affiches. En parallèle, la marge sur cette billetterie reste minime. Dans le même sens, cet engagement apparaît aussi dans la proposition de navettes, bus gratuits pour les festivaliers ainsi que de la mise à disposition du camping sans suppléments financiers. Ce sont en tout et pour tout plus de 500 membres de 43 associations qui gravitent autour du festival et contribuent à son bon fonctionnement. A côté de ça, l’Association ne se repose pas sur son acquis principal et continue depuis des années  à développer d’autres évènements le long de la saison. C’est le cas par exemple du festival interrégional et itinérant, le Génériq qui prends place chaque année à travers plusieurs salles du Grand-Est dès le mois de Février.

Les explications d’un succès : La Presqu’ile du Malsaucy, un cadre exceptionnel

Accueillant un plan d’eau et une plage, cet écrin de verdure dont on doit la création au Conseil Départemental du Territoire de Belfort accueille depuis presque trente ans sans relâche, les dizaines de groupes et dizaines de milliers de spectateurs venus fouler le sol de cette zone naturelle attachante. A tout juste 7km du centre ville de Belfort, le site accueille au quotidien une base nautique, la Maison Départementale de l’environnement ainsi qu’une zone protégée de nidifications d’oiseaux. 5 semaines avant le début du festival démarre le grand chantier pour aménager l’espace à temps, un travail titanesque afin de rendre vivable le site pour autant de visiteurs d’un coup. Un emplacement unique dans l’Est, rare, et dont l’autorisation d’exploitation accordée par les autorités départementales donnée à l’Association au début du mois de Juillet tiens en grande partie pour la réussite du festival. C’est simple, les Eurockéennes est aussi de par la qualité de son site, le genre de festival ou vous pouvez aller juste pour décompresser, vous poser et apprécier l’ambiance. On est loin des évènements en tout goudronné, avec quelques arbustes et quatre stands se battant en duel entre deux scènes. Non, ici l’équipe dispose d’un savoir faire technique et logistique depuis près de trois décennies. Au fil des temps, l’association à chercher à aménager au mieux l’espace, optimiser la capacité du site afin d’améliorer les déplacements des festivaliers, augmenter la jauge spectateurs mais aussi dans une démarche de confort. Comme améliorer l’orientation, le son des scènes et le ratio stands/Food trucks et commodités. 

Dans la réalité et de l’aveux des organisateurs eux-mêmes, ceux-ci ont admis arriver à « la limite technique permise par le site du Malsaucy ». Atout autant que contrainte, l’espace si accueillant démontre ses limites en terme de capacité d’accueil depuis quelques années. Vous ne verrez donc jamais une jauge 50 000 spectateurs à la journée aux Eurockéennes. Premièrement parce que c’est techniquement impossible en terme de place et deuxièmement car l’orientation stratégique de l’Association reste à l’heure actuelle de pérenniser le site, sa structure et d’améliorer le confort de ses spectateurs au fil des ans. En terme de surface on est au maximum et il serait fort compromettant de se mettre en quête d’un autre site pouvant accueillir autant de spectateurs dans des conditions similaires dans la Région.

Malgré les limites, chaque année les organisateurs arrivent à développer un projet décoration toujours plus poussé, plus design, n’hésitant pas à investir un peu plus dans l’entretien de l’espace et dans l’aménagement d’oeuvres éphémères afin d’égayer le site de jour comme de nuit. Enfin, et c’est la le plus important à défaut de grand changements notables, chaque année comporte son lot de tests d’aménagements. Grande nouveauté pour 2017, la presqu’ile vois son quatuor de scène un poil chamboulé. On vous en parle plus en détails ci-dessous !

Les 5 Scènes : 3 incontournables, 1 déménagement et 1 béta-test

  • La Grande Scène : Scène historique, place forte du festival depuis des décennies elle a vue bon nombres d’artistes internationaux, superstars ou à en devenir fouler son sol. Scène du souvenir, celle des concerts mémorables sur dvd ou sur youtube, trônant devant un vaste espace ouvert et en contrebas. Elle est le lieu de rencontre ultime du week-end, un passage obligatoire pour s’adonner à une messe musicale et faire battre son coeur rythme de milliers de mélomanes voisins. D’une capacité pouvant atteindre 25 000 personnes en fin de soirée, elle accueillera en grande majorité les têtes d’affiches, les artistes mis en avant la journée et les groupes qui auront la chance de clôturer chaque journée du festival. Disposant d’écrans géants, de bars de chaque côtés et de commodités, vous pourriez très bien décider de passer votre journée à ses côtés. Au passage, la rumeur raconte que celle-ci disposerait d’un design nouveau et d’une installation spécifique cette année…affaire à suivre.
  • La GreenRoom : Deuxième plus grande scène du site, elle accueille depuis 2011 en remplacement du chapiteau près de 20 000 festivaliers en fin de soirée. Espace plus exiguë que la grande scène, celle-ci est nichée entre le Bar GreenRoom à étage et surplombant cette même scène et la Scène de La Plage à l’extrémité gauche du site. Celle-ci accueillera au même titre que la grande scènes, des têtes d’affiches et grands noms de la scène musicale actuelle et internationale.
  • La Plage : A l’opposé de la GreenRoom, la scène de La Plage comme son nom l’indique tiens place devant la … Plage ! ( bravo, 3 points pour Gryffondor). Installée en partie sur l’eau, cette superbe installation lacustre est l’un des points fort du festival. Concerts bucoliques, pop devant un soleil couchant, quartier chaud des invités electronique du Samedi ou Metalleux d’un soir. Elle peut accueillir près de 10 000 personnes et laissera les spectateurs pieds dans le sable pour assister à de splendides set devant le lac et à proximité de toutes commodités.
  • La Loggia : La plus petite scène des Eurockéennes de Belfort, utilisée initialement pour les tremplins, elle permet aussi de faire jouer des groupes de niches, jeunes talents ou découvertes dans un espace plus restreint et donc « intimiste ». Accueillant jusqu’à 5000 spectateurs, elle n’en reste pas moins une scène importante du festival malgré sa petite taille. C’est aussi l’occasion d’admirer des « petits » groupe avant que ceux-ci n’explosent tout. Pour dernier exemple en date, on rappellera que Disclosure a joué dessus il y’a seulement quelques années. NOUVEAUTÉ, dans une logique d’aménagement du site, cette année la Loggia va déménager et se retrouvera à l’entrée du festival (ou on avait pu voir l’installation avec écran dédié à la retransmission des matchs de football en 2016). Qui dit nouvel emplacement, dit nouvelle scène avec une architecture propre et des surprises à prévoir…

    Showcase Radar : Dernière nouveauté scénique de l’année, le Bar Desperados situé à gauche de la Plage accueillera cette année en remplacement de l’espace « Silent Room », une petite scène taillée comme son nom le précise, pour des showcases. Un espace chill en terrasse qui accueillera dans une capacité limitée un artiste et un seul par soir pour commencer. Une année « test » donc pour cette création mais qui à vocation à se pérenniser par la suite.

    Programmation 2017 : Une affiche qui divise sur les réseaux sociaux

    Depuis quelques années et la traditionnelle annonce des premiers noms en direct sur les réseaux sociaux officiel du festival, une certaine habitude de débats s’est installé dans les commentaires des abonnées à la page des Eurockéennes. Débats concernants aussi bien la hausse des tarifs, que l’absence de « Rock », de têtes d’affiches internationales ou sur la perte d’une identité du festival. Si les Eurockéennes ont réussi à faire taire cette sourde critique de la plus belle des manière en réussissant le pari de faire un Sold-Out ces dernières années. On ne peut que constater une évolution légère mais tout de même de ses choix de programmation, de son public et donc in fine, de sa Stratégie. Explications !

    Tarif en hausse, prestation à la baisse ? Que néni !

    Une première partie des griefs vient directement viser l’augmentation constante du prix des places. Avec un billet à la journée à 47 euros, pour presque 20 artistes programmés dont 4 considérable comme des Têtes d’Affiches quotidienne et de nombreux noms internationaux, sur le papier NON clairement Les Eurockéennes ne sont pas « trop chers ». Déjà au niveau national en les comparants avec certains autres festivals du même calibre en France (Rock en Seine, Beauregard ou Garorock étant à chacun respectivement à 49 euros la journée pour exemple). Et encore plus en comparaison avec les autres festivals majors Européens sur cette même période ou la tendance est à orienté le prix des pass 3jours au delà des 200euros pour certains.

    Si on ne peut que constater cette inflation, en réalité la France reste l’un des pays ou les festivals sont relativement accessibles et ou il existe une vrai volonté de réaliser des tarifs « sociales », « abordables » afin d’attirer les étudiants et bourses modestes. On est bien loin des festivals Anglais ou Allemands avec leurs programmation certes à rallonge et remplies de star internationales mais avec une contrepartie budgétaire lourde. Allant jusqu’à multiplier par deux voir trois le prix d’un pass à la journée chez nous. En y rependant, nous français sommes plutôt bien loti.

    Les Eurockéennes restent garants d’une volonté de promotion sociale et d’une optique stratégique qui garde le cap de festival plus ou moins indépendant. La capacité limitée du site rends tout bonnement impossible d’augmenter l’entrée en billetterie et l’organisation se refuse à devenir un Werchter du Territoire de Belfort et de programmer certes, du « rouleau compresseur » mais en balayant leur politique et histoire finalement. Non ce qui semble « choquer  » cette année, c’est plutôt le passage du Pass 4J au tarif de 150 euros, tarif qui contraste avec celui de l’édition Anniversaire et cette journée « Bonus » presque offerte à l’époque. Dans les faits les Eurockéennes, comme la plupart des festivals du même rang se doivent de viser le Sold-Out à chaque édition afin d’assurer de manière « à peut près sereine » leur continuité. Donc encore une fois non, le mythe du festival se faisant des couilles en or sur le dos de ses spectateurs ça n’existe pas, ou peu alors ok…(coucou le Fyre festival!). 

    Mais comment un festival se finance ? Le cas Eurockéennes

    A titre d’information, le financement des Eurockéennes est le suivant. Celui-ci repose pour environ 60% via les recettes directes liées à la billetterie. D’ou le poids de celle-ci sur la part budgétaire et la quasi-obligation de réaliser d’excellentes ventes en ticket voir du Sold-Out. Comme quoi, il serait « facile » pour l’organisation de faire le choix d’augmenter drastiquement le prix du billet et ainsi avoir un cash-flow plus important et augmenter sa marge de manoeuvre en négociation de T.A, mais ce n’est encore une fois pas la politique de la maison. Cette fausse solution en désaccord avec l’esprit de l’Association a été mis de côté pour axer la réflexion sur la recherche de partenariats publics mais surtout privés solide et de confiance. Grace à ce développement, c’est aujourd’hui environ 25% du financement qui provient du Mécénat, direct ou indirect. Ce sont près de 120 entreprises locales, nationales voir de grands groupes qui sont partenaires des Eurockéennes et de son Association. Seulement 8% du financement étant assuré de manière plus incertaine par les subventions. Enfin, une grande partie de la balance restante est assurée par les ventes/services liées au festival en interne comme en externe (ça peut venir du T-Shirt que tu achètes au stand de Merch ou de ta pinte achetée au bar de la GreenRoom juste avant le concert sur la scène du même nom par exemple.) Une dernière partie plus floue étant négociée et obtenue via divers Sponsoring. (Données recueillies pour l’édition 201§ et selon nos informations.Ci-dessous vous trouverez à titre de comparaison le graphique officiel des recettes de 2014).

    Pour nous, ce n’est donc véritablement pas le tarif qui doit poser quelconque question. Mais plutôt l’orientation de programmation finalement assez risquée face à cette montée logique en gamme de prix et qui risque d’exclure certains publics. Notamment ceux venus jusqu’à présent pour passer un week-end complet et qui risquent finalement de s’orienter vers des pass à la journée faute de liens et de genres ressortant vraiment dans cette programmation. Pouvant aussi éloigner un public plus jeune et moins aisé qui était justement en augmentation lors de ces dernières éditions en réponse avec un véritable effort d’attractivité sur cette tranche d’âge. Mais quel est l’enjeux ?

    Crise de la trentaine et clivage inter-générationnel

    Le faux problème principal est que les Eurockéennes ont atteint un âge respectable, un âge ou tout festival de son rang a acquis une marque de fabrique, un public, donc des « fans » et une empreinte dans le temps, les mémoires. Traversant les années et subissant l’évolution galopante des tarifs du milieu ainsi que des modes, le festival est à une ère de transition ou des choix stratégiques s’imposent et ont finalement déjà été amorcé (cf : La présidence avec M.Pigasse l’année passée). Les Eurockéennes, comme bon nombre de festivals du même gabarit et ancienneté, se démène dans une situation kafkaïenne ou n’importe quel choix va lui porter préjudice sur une tranche particulière de son public. Public qui n’est pas et ne sera jamais un bloc unique, un français moyen et qui est comme le population, le monde de l’entreprise, en constante mutation. Et c’est aussi ce qui fait la force de l’évènement, cet agent agglomérateur humaniste et rassembleur. Mais pourquoi tout ce Binz ?

    D’une part, les fans de la première heure, capitalisent sur la mémoire du festival. Sur le mot « Rock » inscrit en lettre d’or dans le nom du festival, ils se remémorent sans cesse les têtes d’affiches prestigieuses (souvent disparues, inaccessibles ou ne tournant tout simplement pas/plus). Oubliant sans doutes que Muse n’était pas une tête d’affiche internationale il y’a 15 ans, que l’année de la venue de Metallica le festival a subi de lourdes pertes financières, que les Foo Fighters ne se déplacent plus en Europe pour moins d’un million d’euros et que Sir Bowie a malheureusement rendu l’âme. Cet attachement à des valeurs, à un passé ou l’offre en terme d’évènementiels musicaux était moins pléthorique et ou les tarifs semblaient plus abordables est compréhensible dans le fonds.
    En y réfléchissant, tout ceci doit être dépassé puisque ce manque de T.A. reste « le défaut » pointé du doigt chez la majorité des grands festivals généralistes français à l’heure actuel. Sans les mêmes supports que les nouveaux mastodontes du secteur tel que Live Nation une évolution inverse semble peu réaliste. D’une certaine manière, pour survivre et rester « intègre » les Eurockéennes comme d’autres ont du évoluer et s’orienter vers une nouvelle forme, plus « modeste » selon certains. Une cause alternative mais respectueuse de son passé. Et si une personne attends d’un festival français d’avoir Rammstein ou les Red Hot en tête d’affiche, et cherche à mettre de côté son envie de découvertes et de projets originaux. Les Eurockéennes ne sont effectivement plus la destination à privilégier pour ce genre de public. 

    Aujourd’hui, les Eurockéennes ont un objectif de programmation éclectique et mettre en avant la découverte, le petit poisson qui deviendra le requin de la scène. Pour information sur le budget total des Eurockéennes qui devrait dépasser cette année les 7 Millions d’euros, ce seront environ 2,5 Millions (seulement qui seront alloués) à la partie Artistique. Pourquoi vous parler de ce budget et d’oser rajouter entre parenthèse un « seulement » alors que cette somme apparaît sur le papier comme plus que confortable. Parce qu’il existe une certaine méconnaissance des spectateurs sur les tarifs des cachets des artistes internationaux. Méconnaissance légitime ou tout sauf honteuse puisque ce genre de discussion est rarement mis en avant, même évoquée. Mais sans être honteux ou choquants loin de là, la connaissance de ces budgets permettrai à beaucoup de monde de se rendre compte que faire venir tel ou tel artiste ne va pas de sois et est pour beaucoup d’organisation à l’heure actuel, parfois impossible tout simplement.

Exemples concrets : Nous rappelons le budget type prévisible des Eurockéennes : 2,5 Millions d’euros pour 2017 (En reprenant le graphique des dépenses de l’édition 2014 en exemple ci-dessous). C’est l’

  • Entre 2008 et 2012 la plupart des études du milieu ce sont accordés à évaluer l’inflation des cachets artistes à plus de 20%. Depuis 2012, il est à penser que cette évolution s’est accentuée dans les mêmes proportions.
  • Des grosses dépenses ne peuvent être éviter : La Technique, l’administration, la communication sont des éléments nécessaire au bon déroulement du festival et empêche d’augmenter la part artistique.
  • De plus, le partie concernant la Sécurité à largement augmenté ses dernières années, et le budget depuis les attentats à grimper en flèche. Si il existe une aide de l’état pour prendre en charge certains frais de sécurité (plusieurs dizaines de milliers d’euros selon l’évènement), les dépenses en sécurité auraient augmenté de près de 40% ces dernières années. Autour du site, ce n’est d’ailleurs pas le festival qui conditionne la sécurité, mais c’est bien le Préfet qui décide du nombre de gendarme et d’unité à affecter sur le site.
  • Les Eurockéennes s’accordent un budget maximum par tête d’affiche et vont rarement s’embourber dans des offres pharamineuses, trop risquées. Rare sont les sommes dépassant les 500 000 euros alloués à un artiste unique (Black Keys > 400K selon nos informations, les Insus tournaient l’été dernier selon les dates entre 300 et 500k), des chiffres qui devraient correspondre au cachet d’Arcade Fire cette année, la véritable T.A. Cela représenterait pas loin de 20% du budget artiste pour un seul nom, alors qu’il resterait 60 à 70 autres noms à programmer. Et cette décision engagerait le festival à miser énormément sur un seul même groupe, un risque qui n’a pas été payant pour Metallica dans les années 90 par exemple.

Enfin pour clôturer notre exemple, parlons des cachets de groupes souvent réclamés sur les réseaux sociaux et qui ne pourront pas être aux Eurockéennes.

  • Les Red Hot Chili Peppers ont été approché l’année précédente par le festival, mais les organisateurs ont du vite lacher l’affaire, ne pouvant faire le poids face à des contre-propositions bien plus importante. C’est simple aujourd’hui faire venir les RHCP, c’est minimum 1 million sur la table. Le prix minimum donc qu’a s’acquitter Live Nation pour les booker en exclu pour la première édition du Lollapalooza Paris et piquer le groupe sous le nez des Vieilles Charrues, pourtant bien placé dans la négociation.
  • Les programmateurs ont aussi approché le groupe System Of A Down en tête d’affiche métal, mais après une bonne base de discussion le groupe a signé un accord de tournée unique via les festivals Live Nation. Squeezant tout contact avec des festivals tiers.  Une pratique qui va selon nous se pratiquer de plus en plus chez les gros groupes dans les prochaines années.
  • Kendrick Lamar pressenti depuis des années au Malsaucy, superstar aux USA et frileux à venir en France a encore échappé aux programmateurs. Une énième contre-offre américaine réduisant à néant la possibilité d’une date exclu en france. Mais l’équipe ne désespère pas, un jour il sera là !
  • Au même titre que les RHCP, Muse, Rammstein, les Foo Fighters, Coldplay sont devenus des trop gros poissons ne se déplaçant désormais plus pour des cachets inférieurs à 1 million minimum. Typiquement pour les faire venir, il faut désormais s’employer soit à augmenter drastiquement le prix des billets soit à s’adonner à la politique de la journée « Bonus » comme à pu le faire les vieilles charrues par le passé ou d’autres.
  • Enfin on ne parle même pas d’un utopique Metallica. Pour clore le débat, Ben Barbaud, programmateur du Hellfest nous rappelait qu’il lui aurait revenu sensiblement pareil il y’a quelques années de faire venir sa triplette de têtes d’affiches, Iron Maiden, Black Sabbath et Aerosmith que de faire venir les Mets. Voilà, voilà…

Donc voilà, il est l’heure pour certains de faire leur deuil et d’ouvrir leurs chakras….

Cette évolution qui pour nous, est tout sauf une mauvaise chose sur la papier et qui apparaît comme un rééquilibrage des forces musicales actuelle tends néanmoins à accentuer le clivage du public venant au Malsaucy. Avec un plateau en Rap français plus conséquent, une part belle à l’électronique depuis quelques années avec la création d’une « Plage à » dont on a donné la carte blanche à de célèbres résidents d’un jour. Les Eurockéennes se forgent petit à petit une solide réputation d’agitateurs de conscience et de remparts à l’uniformisation des plateaux et des genres au sein des grands festivals français. Des éléments rassurants qui font à penser que la marque Eurock’ reste tout sauf en péril, bien au contraire.

Dans notre prochain article, on va en parler d’ailleurs (enfin) de cette prog’ et des orientations de cette année, histoire de comprendre pourquoi tu te tapes ces groupes parfois obscure et comprendre le délire !

Informations et réservations sur le site officiel des Eurockéennes de Belfort :

http://www.eurockeennes.fr/