#LiveReport : KADAVAR + MANTAR + DEATH ALLEY

Laiterie de Strasbourg : 17 Octobre 2017

Kadavar part en tournée européenne Automnale pour soutenir leur dernière galette en date « Rough times » . Une belle route qui fait la part belle évidemment aux dates Allemandes mais qui laisse une place de choix à la France avec pas moins de 5 dates, une preuve forte de l’engouement du groupe dans notre contrée et à l’attachement toujours existant de Simon le bassiste avec son pays d’origine. Bonus, c’est avec les chaotiques Mantar et les tout frais Death Alley que le groupe partage le Tourbus à cette occasion. Passage obligé à Strasbourg, capitale de l’Europe après un premier set dans la petite salle comble et remarqué. L’occasion de profiter de la mutualisation des groupes et du beau plateau de cette tournée commune pour faire un tour au stand merch et récupérer quelques textiles et pressages vinyles inédits comme le Split 7″ Kadavar/Death Alley – Monkeys/The Sewage. Déjà avant d’entrer dans la salle, la magie Stoner opère visuellement.

Death Alley : 19h20

On démarre sur le tard en prenant le train déjà en marche pour la vallée de la mort. Départ en provenance des Pays-Bas où le récent combo néerlandais s’est formé sur les cendres encore fumantes du groupe « The Devil’s Blood », un quatuor frais mais bien expérimenté.

Style vestimentaire comme scénique largement inspiré des 70’s, code sonore mélangeant à première écoute le Stoner et le Heavy old-school. La mise en bouche scie parfaitement au plat principal de cette soirée. Excellente surprise que ce quatuor qui n’invente certe pas la poudre mais qui s’accapare avec brio et relecture les codes visuels et sonores de ses pères pour proposer une polyvalence sonore au spectre large et ondulatoire. Avec un guitariste doté d’une splendide Custom à 9 cordes qui rappelle les plus beaux attirails de Brent Hinds de Mastodon durant la période « Crack the Skye », un jeux ouvert qui s’adonne à des variations sonores ainsi que des phases de Jam proggy à la Hawkwind diablement maîtrisées et des phases Motorheadiennes. On prends son pied à découvrir leurs compositions sur le tas, le plaisir de la découverte d’un bon groupe qui joue et aime jouer tout bêtement. Le son est particulièrement bon, mention spéciale aux triggers sur la batterie, juste le bon mix qui n’écrase pas les basses. A l’orée des genres, sans pressions, sans armes ni haines ni violences, Death Alley à réaliser un petit hold-up en son genre ce soir. Attitude et verve se mélangeant à une Setlist déjà costaud. Indubitablement, un petit groupe à suivre !

Mantar : 20h20

Premier groupe germanique de la soirée, place au duo qui a été propulsé par la critique dès la sortie de « Death By Burning » en 2014 sur le devant de « sa » scène. Basé à Hambourg et formé il y’a seulement 5 ans de cela, Hanno et Erinc se sont pourtant forgés une réputation dans la milieu avec des projets sans concessions mais clivants.

A première vue si le duo semble dénoter dans cette soirée, on reste tout sauf dans la faute de goût. Doom aux accents de Black-Sludge minimaliste de prime à bord, la sphère Mantar gravite autour de la constellation Distorsion en caressant les extrêmes. Extrême, à l’image de son frontman à la guitare/chant qui se donne à fond, hurlant son verbe à s’en claquer un nerfs à chaque couplet. On est clairement ici dans une autre optique, une autre philosophie de vie pourrait-on dire. La rage est brute, viscérale, guitare au poing, incarnée par Hanno. Contraste amusant avec la puissance des décibels infligés au public et la taille ridicule de son ampli Orange Tiny Terror juste derrière lui.  A côté, Erinc à la batterie dont la sobriété du jeux nous a paru moins en tension que son comparse à largement fait le taff. Même si il a manqué cette symbiose entre les deux et surtout des sonorités plus agressives au niveau de toms. Dans l’ensemble un set musclé, dans une violence modéré et sincère à dans l’image du groupe. Un break chaotique entre deux formations plus « concordantes » entre elles. On se rappellera aussi de la bonne communication, de la prestance d’Hanno. Tout le mérite lui revenant, réussir à lancer un Circle Pit d’une taille appréciable dans une salle à majorité remplie de Stoneux reste un gage visuel de cassage de nuques !

Kadavar : 21h20

L’heure du plat principal, on est bien HK à la main et on a encore faim ! Ca tombe bien, Kadavar c’est un peu l’enfant caché Berlinois d’une tournée commune entre ZZtop et Black Sabbath à la fin des 70s. Un enfant bâtard mais prodige issu d’un coït discret entre Ozzy et Gibbons qui à su prendre son indépendance et son envol au fil d’albums aux identités fluctuantes.

Valeur sure du riche roster Nuclear Blast (on peut même parler aujourd’hui de tête d’affiche dans son genre), le trio barbu s’est taillé une identité puissante, aussi bien visuelle que sonore. Esthète même on pourrait dire, Kadavar c’est aussi ce graphique logo triangulaire et une imagerie d’inspiration 70’s et des codes du Psychédéliques et du Stoner réappropriés, popularisé dans le sens noble du terme.

Leur dernier rejeton en date « Rough Times » n’a même pas encore un mois, mais le public de connaisseur dont nombreux sont les fans allemands à avoir fait le déplacements sont présents et en connaissent déjà les lyrics. Lupus sur la gauche de la scène sait se faire discret et puissant sans envahir le reste trio. Christophe, le Tigre assure toujours aussi bien le show derrière ses fûts en acrylique. En élément central et cheveux aux vents il martèlera pendant tout le set en finesse et en agilité son kit, la grande classe. Simon « le Dragon » n’est pas en reste et occupe parfaitement l’espace sur la droite et sait ne pas se faire oublier. La basse est ronde et légèrement distordue, présente et respectable. Rien à redire au niveau du mix encore une fois, la formation est rodée et la salle sied parfaitement à ce genre de troubadours. Mention spéciale au Lightshow, fil rouge de qualité de la soirée. Je n’avais que rarement vu des spots aussi bien utilisés pour des shows type « Stoner ». L’ambiance en gagnait donc grandement, le public évidemment conquis ne verra pas le temps passer. Le groupe dans l’ensemble jouera avec une aisance déconcertante son catalogue sonore, Lupus le frontman impressionne de par sa voix puissante mais toujours audible et par sa maitrise de la wah « utile ». Instrument à part entière, saupoudrée en fin de morceau ou en bridge comme il faut, du anti-Kirk Hammett qui donne juste envie de s’acheter une Crybaby au premier MusicShop du coin. La bonne tarte berlinoise qu’on attendait. Un délice pour la cage à miel.

Niveau de la setlist, éclectisme et nouveautés s’accorde en harmonie. Bien différente de leur dernière passage sur Strasbourg, celle-ci fait évidemment la part belle à la nouvelle galette et gagne en actualité comme en profondeur sonore. Démarrage en mode sac  sur Rough Times. Là on se dit que Kadavar peut faire du Doom aisément. Skeleton Blues,  le classique Doomsday Machine, la nouvelle pépite Die Baby Die, Into the Wormhole, le culte Creature of the Demon, Tribulation Nation qui reste selon moi le faible du set, pour finir sur un rappel avec une Cover de « The Damned » résolument Punk et diablement efficace ! On en sort conquis, comme la dernière fois, rien de moins mais avec une palette sonore toujours plus dense et maitrisée.

Excellente soirée donc encore une fois en compagnie de Kadavar mais aussi Mantar et Death Alley. L’exemple type de soirée à thème que l’on aimerait voir plus souvent dans nos provinces et le tout pour une somme plus que modique sans fautes de goûts. A suivre sur la route européenne cet Automne et par la suite.