La Magnifique Society : Report Musical du Samedi 20 Mai

  • Programmation Jour 2 : Samedi 20 Mai : Il est 18h00, faisant honneur à la Région, on arrive toute bringue à la bourre avec déjà une bouteille entière de Champagne dans le sang aux portes du site. La bonne surprise continue, il fait beau et presque chaud malgré un petit vent loin d’être désagréable. On a loupé Group Doueh et Cheveu donc on est un peu « tristesse ». Le site est toujours aussi beau mais encore assez vide à cette heure-ci, un petit rafraichissement pour se remonter le moral et on se dirige vers les premiers grognements qu’on peut entendre à l’autre bout du site.

Show me The Body

Le lointain devenu proche, au delà des grognements on découvre avec étonnement le chanteur de Show Me the Body entrain de se défouler les cordes vocales sur un parterre gazonné. Moment de rage solitaire devant les dizaines de curieux venus le voir. Ovni de la programmation, ces New-Yorkais dont on parle beaucoup en ce moment ont tout de même assuré le show et tout donné à une heure de faible affluence. Un vacarme anarcho-punk affublé d’un banjo et des vocalismes teintés de Hip-Hop non sans rappeler les furieux de Ho99o9. Formation intrigante mais pas forcément en odeur de sainteté par rapport au reste de la programmation à un horaire assez contre-productif pour ces trois garçons bien loin de leur grosse pomme natale. Un contraste saisissant.

Requin Chargrin

Venant de sortir un premier album remarqué, Requin Chagrin jeune groupe à la Pop effilée mais sobre était venu présenter ses compositions baroques. Le tout en sobriété et accompagné de grands squales gonflables. En naviguant entre des sonorités teintées 60s et en se rapprochant des premières compositions du groupe La Femme jusqu’à une ambiance très Cold 80’s en terme de vocalismes, proche à Daho ou rappelant un certains Lescop programmé dans ce même festival. Une prestation plus douce, assez linéaire et moins tournée vers le psychédélisme que sur l’album. Un moment agréable après la tempête Post-Punk que nous avons vécu mais qui nous a paru encore un brin timide sur scène malgré une maîtrise de la mélodie indéniable et des compositions aussi fraîches que d’actualités.

Paradis

On poursuit sur la Grande Scène avec Paradis, l’un des groupes français d’Electro-Pop en pleine ascension. Prenant une dimension eux aussi plus Rock dans leurs lives et affublés de musiciens complémentaires, Paradis s’offre une nouvelle palette sonore qui contraste avec ses compositions résolument tournées électro et illuminées de claviers vintage oscillants entre le Disco et une House à tempo modéré. Contraste aussi présent avec les voix volontairement suaves et effacées dans ce flot de nappes sonores enivrantes. Une prestation toute en finesse mais manquant encore de « charisme ». Celle-ci semble avoir tout de même convaincu un public timide mais qui commence à s’amasser devant le gazon de cette grande scène et à se rapprocher, se coller devant la scène et enfin chercher ce contact avec les artistes.

Alex Cameron

Première agréable surprise de la journée, la prestation de l’Australien Alex Cameron qui n’était pas venu pour faire de la figuration. Paré d’une veste à franges des plus saillante et accompagné d’un band de composition classique du genre ainsi que son fidèle comparse le saxophoniste Roy Molloy. C’est une véritable parade nuptiale de paon, esthétique, visuelle et sonore se complétant parfaitement que l’on a pu apprécier. Sans tomber dans les excès scéniques d’un Foxygen, Alex Cameron incarne son personnage de Songwriter en quête du repenti et sans concessions, à merveilles.  Fidèle aux sons synth-pop de son premier album « Jumping The Shark », il ouvre sur scène un opportunisme sonore le rapprochant de son partenaire de label Kevin Morby, plus Indie-rock donc. Nous gratifiant au passage de quelques inédits et titres à paraître sur sa prochaine galette.

Gregory Porter

Porte étendard d’une musique Jazz éclectique et s’acoquinant avec une Soul débridée, Gregory Porter à force de capital sympathie s’est rapidement imposé comme une figure de proue d’un genre musical encore parfois boudé par certains festivals généralistes. Bonhommie communicative, ambiance Lounge champagne à la main, tous les âges se sont retrouvés devant ce show puissant mais intimiste et qui a dépoussiéré certaines idées préconçues. Un vrai personnage et un voyage dans le temps et une bonne pioche pour trancher dans cette programmation sans pour autant trahir la conduite générale de celle-ci.

Parcels

Deuxième claque de la journée, on a été bluffé par les Germano-Australien de Parcels. Ce quintet international tout droit sorti d’un imaginaire des 70’s venant de sortir leur EP « Hideout » avec son imparable tube funk éponyme était grandement attendu. Pour la première fois de la journée on constate le public plus réceptif et se mettre à danser. Un son clair, des cocottes funk maîtrisées, des voix lascives soulignées par un clavier dansant avec en prime du Triangle. Que demande le peuple ? Imparable machine à Chill on a était bluffé par la précocité de ce groupe qui comme les Beatles en leurs temps se sont nichés en Allemagne pour se préparer à la scène. Ces garçons dont la coolitude naturelle ne sont pas sans rappeler un certains Mac Demarco sont le Joker « In » de cette programmation à une heure ou ils sont encore « qu’un petit groupe parmi tant d’autres ». On saluera aussi l’effort de leur intégration dans la logique de programmation, vous avez aimé Parcels ? Vous aimerez Papooz et Her (au programme le jour suivant) qui évoluent dans une même sphère musicale.

Jacques

Il était impensable de louper notre trublion local, phénomène Monacale et alchimiste fou de la scène électronique française. Jacques Auberger, l’Alsacien à la tonsure impeccable est le maître du bricolage scénique nous a délivré un Set maison à base de piezzo comme à son habitude. Si l’on retrouve l’essence du travail habituel et des beats propres au personnage, on a peut être eu à faire au set le moins « marquant » ou du moins inspiré qu’on à pu voir de lui jusqu’à présent. Peut-être aussi parce qu’il nous a paru bien seul sur cette si grande scène. Mais c’est le lot des aléas, qui font le charme de ses prestations singulièrement uniques et à risques, la curiosité Jacques à cependant fait mouche devant une fosse nombreuse, aussi réceptive que patiente devant la créativité du jeune homme.

Seiho

Prenant le créneau horaire de Tommy Ca$h ayant du annuler sa venue, on retrouve avec joie Seiho sur une plus grande scène. Une mise en avant mérité pour un artiste tournant souvent en Europe et dont on a pu avoir l’occasion de constater les multiples talents aux Eurockéennes de Belfort quelques années auparavant via un précédant partenariat franco-japonais. Créateur d’un univers électro tropical et coloré, on pourrait situer le personnage entre des sons très Naturals de type Bonobo et des ambiances clubbing 90’s assez roots, un VRP pour Kenzo aussi bien par l’image que par le son. Set indescriptible mais tout sauf foutraque, on a encore passé un excellent moment devant Seiho à l’heure ou le soleil levant laissa sa place à une lune farouche et ou le public se montrait enfin vivant. Un artiste qu’on aimerait voir plus souvent sur les plateaux français.

Boys Noize

On ne présente plus le Berlinois du jour, venu parachever la sourde destruction de la vieille de Moderat, Boys Noize dans une cartouche scénique minimaliste est venu à Reims faire ce qu’il fait de mieux. Remplir nos oreilles et faire trembler nos petits ventres de basses avec ses mix si particuliers, Techno, Acid-House et Minimal tabassante. Le DJ, producteur, gérant de Label #tout ce que vous voudrez aura une fois de plus réussi le pari haut la main de réveiller d’un bloc le public quelque peut timide de Reims. Show minimaliste donc, mais set-list puissante et balance au rendez-vous. On a vraiment aimé les remix de certaines de ses pistes issues de « Mayday » son dernier album en date.

Sleaford Mods

Bon en vrai à cette heure tardive nous n’attendions qu’une seule chose, le passage de Thee Oh Sees. Mais petit bonus loin d’être désagréable, les quadras Anglais de Sleaford Mods nous ont accompagné dans cette courte mais agréable attente. Devant un public peu averti ou moins habitué à la gouaille de Jason Williamson, le duo a cependant rendu hommage à son statut. Le binôme de Williamson et ingénieur son de celui-ci fidèle à son stoïcisme scénique légendaire, casquette bien enfoncé, bière à la main et nonchalance artistique. Un flow post-punk avec des relents rotants de hip-hop invitant à voyager dans un long bus rouge pour se rendre directement au Pub après une journée harassante de boulot. Avec des moments inégaux mais toujours intègres, si Sleaford Mods ne se réinvente plus depuis quelques temps, le duo accumule les enregistrement et continue de proposer en constance, de nouvelles proses contestataires et charges sociales. Une Oeuvre d’outre manche comme seul la perfide Albion peut engendrer.

Thee Oh Sees

Déjà sur scène, regardant au loin Sleaford Mods finir son set, le groupe ne tarde pas à démarrer les premiers accords de guitare et ainsi couper court à toutes transitions possibles entre les deux scènes juxtaposées. Voilà, on y est. Après les avoir loupés X fois, on a enfin devant nous Thee Oh Sees et sa nouvelle formation 100% mâle Alpha et dopée à la batterie. Le patron du Garage Psychedelique from San Francisco, John Dwyer et ses nouveaux membres depuis déjà trois albums et quelques tournées ont sorti le rouleau compresseur. Ca bouge sévère dans les premiers rangs, le public ne s’y trompe pas la double batterie c’est un peu la vie et une promesse de rutilantes décibels supplémentaires, nécessaire à ce chaos maîtrisé. Setlist reprenant forcément des compositions des dernières parutions de la formation, on a été agréablement surpris de réentendre les incontournables « Tidal Wave », « Toe Cutter/Thumb Blaster » et « The Dream ». S’écartant du lo-fi originel et s’adonnant à des sonorités plus Noise et exploratoires, Thee Oh Sees reste un groupe jubilatoire, toujours plus visuel et plus intense avec le temps. De quoi rendre marteau ceux qui ne miseraient pas un clou sur eux. Voir Thee Oh Sees et ne pas mourir pour revoir Thee Oh Sees plus tard…tout simplement.

Vitalic ODC Live

On sort rincé de Thee Oh Sees pour se diriger vers la Grande Scène et admirer de loin la fin du Set de Vitalic. Dans le cadre du ODC Live, Pascal Arbez-Nicolas alias Vitalic était venu seul (mais avec une bière à son nom spécialement brassé pour le festival) présenter ses nouvelles compositions disco-funk et agrémenter une partie de son mix de ses plus grands classiques électro des dix dernières années. S’il à su contenter un public bouillant en proie à la fièvre d’un samedi soir et que la patte du garçon était bien là, on a trouvé le show un poil léger et surtout en deçà de ce qu’on avait pu voir de lui il y’a quelques années. La sphère Vitalic s’apprécie définitivement mieux lorsque celui-ci s’entoure de musiciens pour une prestation live complète et vivante.