Conférence de Presse / Interview : IDLES

Découverte de 2017, le quintet originaire de Bristol est la tranchante révélation du moment, aussi bien en live que sur galette c’est aussi mon coup de coeur catégorie « Punk » cette année. Une volute acide réfléchie et jouissive qu’on avait plus entendu depuis la découverte de Sleaford Mods il y’a quelques années. Attachants, sincères, barrés et à fenêtres ouvertes sur les dysfonctionnements de notre société et leurs propres failles d’hommes modernes. Les membre de Idles n’ont pas failli à leur réputation scénique et humaine à la Route du Rock.


Après un premier EP « The Welcome EP » conçu peu de temps après la formation du groupe puis un second EP « Meat EP » c’est seulement en 2017 soit 5 ans plus tard, soit le 17 mars 2017 que sort officiellement le premier album du groupe, le subtilement intitulé « Brutalism » chez Balley Records. Souvent décrit comme du « Post-Punk », si Talbot et sa bande admette avoir quelques « codes » en communs, ceux-ci se refusent catégoriquement à se déclarer de ce genre ou d’un quelconque genre musical.

 

Après un démarrage timide voir confidentiel, l’album trouve rapidement écho auprès des critiques musicales indé anglaises comme le DIY Magazine, PopMatters ou Uncut. Ils sont alors invités à faire la première partie des Maccabees sur leur tournée d’adieu. Une reconnaissance pour le groupe qui passe enfin sous les projecteurs et qui commence alors à enchaîner sérieusement les dates au Royaume Uni et prépare alors une belle tournée d’été avec un excellent accueil public et booking en France dont des passages remarqués au Stereolux à Nantes, au Printemps de Bourges mais aussi et surtout en Juillet sur la Grande Scène des Eurockéennes de Belfort puis ici même à la Route du Rock en ce mois d’Août.

La pochette minimaliste et épurée de « Brutalism » dévoile le portrait de la défunte mère de Joe Talbot le chanteur du groupe trônant au dessus d’une sculpture imaginée par Talbot et son père. Le tout dans un coin de rue avec un mur peint en blanc, vierge avec comme seul élément apparent une bouteille de bière vide et une affiche de police rouge sur fond blanc indiquant le nom de l’album.


C’est donc à l’occasion de leur tournée estivale que les membres du groupes viennent se prêter aux jeux des interviews. D’autant plus qu’ils semblent largement attendu par le public du Fort de Saint Père et disposent d’une belle antenne de promotion dans notre pays. Tous les membres du groupe sont présents mais ce sont le chanteur (Joseph Talbot) et son acolyte, le guitariste aux superbes bacchantes (Mark Bowen) qui prendront la parole tour à tour.

Question : Votre album « Brutalism » est paru en ce début d’année et a reçu d’élogieuses critiques, pouvez vous nous parler de l’ADN d’IDLES ? Comment en êtes-vous arrivés à faire de la musique ensemble ?

Joe Talbot : Nous étions tous déjà amis à la base avant le groupe sauf  John notre batteur dont on nous avait parlé en bien. Il nous manquait un mec et il a quitté son groupe, l’ADN est qu’on est ami et qu’on voulait faire quelque chose de vrai. Pendant six ans on n’a pas généré d’intérêts et d’un coup tout est arrivé très vite.

Q ? Comment expliquez-vous cette galère pendant 6 ans et ce passage à la lumière d’un coup ? Qu’est ce qui à fait la différence ?

Mark Bowen: L’important est d’avoir un album. Pendant des années on pense que les gens vont s’intéresser à nous grace à nos concerts mais les gens se sont vraiment penchés sur nous à partir de de la sortie de notre disque. De bon shows ne signifient rien tant que tu n’as pas sorti un bon album.

J.T. : Aussi, et c’est valable dès que tu bosses dur sur n’importe quel truc. On voulait tous abandonner à certains moments et on devait se remonter le moral les uns les autres et se répéter qu’on serait capable de jouer un jour devant plus de dix personnes et de sortir un bon album. Mais il a fallu se le rappeler chaque jour pendant six ans. Alors quand tout ça devient une réalité, quelque chose que t’attendais, pour laquelle tu as bossé dur, qui a toujours été là, c’était un objectif, ce n’est pas un truc du genre noir ou blanc, c’est une constante.

Q ? Pourquoi avez-vous attendu six ans pour sortir votre premier album ?

J.T. : Parce qu’on était pas assez bon, on était mauvais ! On ne se connaissait pas bien nous même. Si vous écoutez notre premier EP  » Welcome » on était vraiment … Indie !

Q ? Mais vous êtes fiers de ce disque ?

J.T. :Oui ! Oui ! On en est super fier parce qu’on a bossé dur dessus et que c’est notre musique mais on a évolué musicalement jusqu’à nous renié nous même un peu , c’est tout.

M.B. : Les chansons n’avaient pas la qualité pour être sur un album. On a écrit des chansons ennuyeuses, on a toujours écrit un tas de chansons, assez pour un album mais on était là à essayer de choisir des chansons pour notre disque et notre Manager était là entrain de dire « Meh » en grimaçant. Il ni y’a qu’une fois qu’on à eu toutes les chansons en main que « Brutalism » est devenu quelque chose et nous a fait sens en tant qu’album.

Q ? A part la musique qui est brutale, il y’a aussi dans celle-ci des paroles toutes aussi brutales, frappantes. Comment se passe le travail au niveau de l’écriture dans le groupe ?

J.T. : Ca a pris un long moment, je n’avais jamais écrit avant le groupe. Donc dès que tu commences quoi que ce soit, tu cherches à imiter les autres et j’ai écouté un tas de trucs. Dont Nick Cave, je voulais être « Dark et Flamboyant ». C’était stupide et ça n’a pas marché. Et je suis arrivé au moment ou ma mère est morte et j’ai ressenti le besoin d’être honnête. Pas consciemment mais juste pour me libérer, une forme d’exutoire, tout ça vient de là. Mais ça prends un sacré bout de temps pour acquérir assez de confiance pour être « vrai ».

Q? Sur votre premier album, quand on regarde la pochette intérieure, on ne voit pas le nom du groupe, il ni y’a pas d’indications. Est-ce volontairement anti-marketé ?

J.T. : Alors, étrangement je pense que le minimalisme est une excellente fenêtre vers d’autres problématiques plus complexes. Je pense qu’au niveau de l’écriture, l’imagerie doit être simple car on ne peut pas capturer quelque chose d’aussi complexe que la vie et la mort dans un carré de 12″ inches (le format vinyl). La couverture représente ma mère et en réalité la pochette arrière représente le vagin de ma copine… Ce qui est aussi un truc complexe. Tout l’album est basé sur le rôle des femmes dans ma vie, je voulais donc avoir un vagin au dos de l’album mais pas pour le sexualiser ou choquer. Au contraire, je voulais montrer sa complexité en prenant un petit truc et en le faisant passer pour une galaxie. Et c’est ce qu’il est, c’est l’organe le plus résilient du corps humain, ce putain de truc est incroyable ! Et c’est une métaphore pour bien plus de sujets donc ouai… Toute l’imagerie derrière l’album est sensée capturer une approche simpliste de problématiques complexes.

Q ? Et le rond central c’est du vinyl est un sexe masculin d’une statue grecque ? Une interpretation ?

J.T. : Oui. Je suis toujours fasciné par la manière dont les sexes sont représentés dans l’art, comme les Adonis. Ca résume bien notre situation, on est tous des hommes blancs et on est de par les standards actuels, assez ennuyeux parce qu’on est tous des hommes blancs de classe moyenne. Donc je voulais faire en sorte de capturer cette forme d’impuissance sur notre vinyl. Après avoir vu tout ce qu’on à fait (sur la pochette avec le rôle des femmes), tu l’ouvres et tu vois un penis !

Q? Sur votre album, vous consacrez un morceau sur le syndrome de Stendhal. Pourquoi avez vous écrit sur cette maladie ?

J.T. : C’est une chose récurrente en Angleterre, c’est une attaque de l’ignorance contre l’art moderne. C’est une chanson très « British », on en rigole nous mêmes. C’est tout, je rigole des gens ignorants. Mais c’est aussi une approche afin de créer des paroles à partir de ça. Ca a commencé après une conversation, je recherchais des syndromes sur le net j’ai découvert celui de Stendhal. On a pu expérimenter ça personnellement, de se moquer de l’ignorance de toute création artistique moderne, 

Q ? Dans vos paroles il y’a une approche »double-jeux », très intellectuelle mais aussi viscérale. Cependant la musique à une approche plus directe quant à elle avec un côté presque uniquement viscérale. Cet aspect antagoniste n’avait pas sa place dans la musique elle-même ?

J.T. : On a jamais discuté du fait d’être antagoniste. Je pense que le problème en Angleterre, comme en France ou partout ailleurs c’est que les médias sont homogénéisés et n’aiment pas l’honnêteté. Ils aiment tout ce qui est propre , lisse, parfait et on est des mecs en surpoids, efflanqués et alcooliques qui chantent à propos de nos mères mortes. Ce n’est pas pour les radios, ça à l’air antagoniste mais c’est juste un putain de journal.

M.B. : Je ne pense pas qu’il existe nécessairement un antagonisme entre des paroles intellectuelles et le fait d’être agressif dans la musique. Je pense pas que tu aies besoin de faire quelque chose qui sonne « cérébrale » comme de la Minimale (techno) par exemple ou des trucs bizarres ou arty sur lesquelles les gens peuvent réfléchir dessus. Je ne pense pas que ce qu’on fait peut être plus considéré comme « intellectuel » qu’autre chose.

J.T. : Aussi, si tu regardes les mouvements musicaux, et je ne pense pas qu’on fasse parti d’un mouvement musical particulier. Il y’a peu de groupes qui font ce qu’on fait en Angleterre mais si tu regardes vers d’autres choses qui se sont développées comme le « Grime », parce que c’est un courant musical important aujourd’hui en Angleterre. C’est dépeint comme subversif mais ça ne l’est pas… Ce n’est pas de la subversion, c’est juste un mouvement joyeux. Mais parce que ça émane de jeunes gamins blacks de Londres c’est interprété comme quelque chose de subversif. Et ça ne l’est pas. Ce qu’on fait est uniquement subversif parce que le public n’est pas habitué à notre honnêteté, tout ce qu’on dit, chaque jour on pourrait t’en parler dans un pub, je pourrais t’en parler en dehors de la scène. Ce ne te paraîtrait pas antagoniste si tu te le voyais comme je le vois.

Q? Vous venez de Bristol, est-ce que votre musique a été influencé par votre ville comme beaucoup de groupes Anglais ?

J.T. : Oui ! A Londres, Manchester, Liverpool ou Cardiff , n’importe ou au Royaume Uni il y’a souvent une scène musicale menée par un genre en particulier, une identité dominante. Bristol est menée elle par une vision générale, plus ouverte sur la musique et surtout par l’envie de se prendre des cuites. C’est plus la fête qui passe avant la musique, c’est pourquoi il y’a un tas de bons musiciens à Bristol qui ne quittent jamais cette ville car ils sont trop contents d’être dans ce microcosme. Et c’est une putain de bonne chose ! Parce qu’on a pas besoin de Londres, mais on a besoin de la France ! (rires).


Après une demi-heure d’échanges sincères en comité restreint, le groupe quitte la salle de conférence tout en sympathie et sobriété pour aller admirer quelques prestations sur le festival avant leur show du soir qui sera assurément la baffe de ce vendredi dont nous détaillerons les méfaits dans notre report prochainement. Un excellent groupe à voir absolument sur n’importe quelle scène et avec qui on conseil d’engager la discussion une pinte à la main et sueurs sur le front après concert.

Site officiel du groupe :  www.idlesband.com