LiveReport : Last Train en ouverture de saison à la Laiterie

Il y a ces soirées magiques qui ne ressemblent à aucune autre ou presque. De celles où l’on sort de la salle avec l’impression d’avoir assisté à quelque chose d’unique, de questionnant, de vrai. Le concert de Last Train à La Laiterie de Strasbourg encore vierge de toute représentation officielle était de ceux-là. Dans la maison des ex alsaciens, le quatuor de locaux a livré une performance qui restera gravée dans les mémoires du public strasbourgeois et d’un grand nombre de fans venus de toute la France pour ces deux dates si particulières.

La salle affichait complet depuis des mois. Dans l’entrée, les visages portaient cette impatience particulière qu’on ne voit que lors des concerts attendus. Des zigs et des zags, des regards portés de haut en bas découvrant ce tout nouveau bâtiment sorti du sol quelques mois plus tôt.  Une chapelle brutaliste du son dans une ancienne Laiterie, comment sera la salle ? Va t-elle garder son apparence ? Vais-je retrouver mes marques ? Beaucoup de questions entendues dans le public dans les allées.

Une date pour le moins attendue. De celle que l’on a coché sur un agenda avec une pointe de fébrilité. Jean-Noël Scherrer, Julien Peultier, Tim Gérard et Antoine Baschung les héros du soir étaient attendus de pieds fermes.

Mise en avant locale : Pales la pépite Post-Punk de SxB

Pour ouvrir ce soir, nos petits chouchous strasbourgeois de Pales formé en 2021 dans la capital alsacienne et dont la maturité scénique n’est plus à éprouver. Porté une front-woman ultra dynamique et la tessiture vocale large, le groupe embarque des musiciens à l’énergie sincères et aux références de genre de bon goûts.

Pales arrive comme beaucoup de ses inspirations issues de la perfide Albion à mélanger sauvagement des rythmiques saccadées et pourtant diablement dansantes avec une noirceur souvent intense. On ne saura que vous conseiller de jeter une oreille sur le premier album du groupe ou essayer de voir le groupe à l’occasion d’une date !

Démarrage dans les starting blocks

Ce soir à La Laiterie, Last Train a confirmé ce que beaucoup pressentaient : ils sont désormais l’un des groupes live les plus captivants de la scène rock française. Pas de fioritures, pas de spectacle pyrotechnique superflu, juste quatre musiciens qui jouent comme si c’était la dernière fois mais aussi la première fois chaque soir. Une sorte de conscience collective de pouvoir continuer cette longue aventure de potes chaque soir, tout en profitant de chaque instants. La connexion avec leur public alsacien était palpable, malgré la jauge relevée de cette nouvelle salle de La Laiterie et de sa capacité dépassant le millier d’âmes. La salle n’a elle aussi rien perdue de sa superbe et a su conserver son cadre intime malgré la dimension et une salle pleine à craquer de front comme de fonds.

Quand les lumières se sont rallumées et que les derniers accords de I Hate You se sont dissous dans l’air chargé de la Laiterie, il a fallu quelques secondes pour revenir à la réalité. Ce genre de concert, ça ne s’oublie pas.

Dès les premières secondes, s’installe alors une atmosphère sourde et cinématographique, entre chuchotements vocaux et guitares qui cherchent leur point de rupture. La salle retient son souffle. Puis, l’explosion. La Laiterie tremble. Le groupe enchaîne sans transition, riffs acérés et batterie martelée d’Antoine Baschung dans une précision chirurgicale. Le public, immédiatement conquis, se transforme en un seul corps mouvant. Jean-Noël Scherrer arpente la scène avec cette intensité magnétique qui est sa signature — ni artificielle, ni calculée, juste portée par la musique.

Le groupe viendra interagir régulièrement avec le public entre les chansons, abordables et émus. Jean-Noël viendra aussi rapporter sa propre expérience de musicien mais aussi de simple spectateur dans cette même ancienne salle de La Laiterie mais aussi du Club ou ils y ont fait quelques passes d’armes.

La setlist vient quant à elle piocher intelligemment dans toute la discographie. Des tracks madeleines de proust, totem des débuts, déclenchent alors une communion totale dans la fosse. The Big Picture, titre éponyme du deuxième album, est accueilli comme une vieille connaissance retrouvée en final. Et puis aussi les moments suspendus avec son piano lancinant, où Scherrer joue avec les nuances de voix comme jamais auparavant. This is me trying, c’est tout simplement les frissons !

Une trajectoire hors norme : retour sur une décennie de choix forts

Il faut se souvenir d’où ils viennent pour mesurer le chemin parcouru. Last Train naît en 2007 à Dannemarie, en Alsace. Quatre amis d’enfance réunis par le rock, des influences allant de Black Rebel Motorcycle Club à Radiohead ou au BJM, et une conviction : faire ce qu’ils aiment, coûte que coûte indépendamment soit-ils.

2007 – 2013
Fondation du groupe à Dannemarie. Premiers EP autoproduits : What’s Wrong With Me ? (2012) et She’s Got Your Soul (2013). La scène locale d’abord, puis les premières tournées françaises.
2014 – 2016
Les titres Cold Fever et Fire marquent un tournant. Plus de 250 concerts en deux ans à travers l’Europe, l’Asie et les États-Unis. Prix des Inouïs du Printemps de Bourges en 2015, lauréats du FAIR en 2016. Création de leur propre label, Cold Fame Records.
2017
Sortie de Weathering, premier album acclamé par la critique — Francis Zegut (RTL2) parle de « la meilleure chose qui soit arrivée au rock français depuis Noir Désir ». Premières parties de Johnny Hallyday, Muse et Placebo. Concert au Bataclan.
2019 – 2020
Sortie de The Big Picture, leur second album, salué par Le Parisien comme « la meilleure galette rock de l’année ». Retour triomphal à guichets fermés en France, et une première historique à l’Olympia de Paris.
2022 – 2023
Retour avec How Did We Get There ?, un seul titre de 20 minutes accompagné d’un court-métrage. Le groupe franchit le cap symbolique des 500 dates depuis sa création.
2024
Sortie de Original Motion Picture Soundtrack, projet ambitieux et atypique : des reprises orchestrales de leur répertoire en collaboration avec l’Orchestre Symphonique de Mulhouse. Une parenthèse symphonique audacieuse.
2025
Sortie de III le 31 janvier, troisième album studio. Tournée européenne, présence au Hellfest, et deux soirées au Trianon à Paris en décembre. Last Train au sommet de sa forme.

La Setlist de la soirée :

Disappointed
The Plan
On Our Knees
One By One
All to Blame
I Hate You
Fire
Medley
Golden Songs
Revenge
This Is Me Trying

Et un rappel de choix avec :
Home
Way Out
The Big Picture